Overblog Tous les blogs Top blogs Tourisme, Lieux et Événements Tous les blogs Tourisme, Lieux et Événements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
On part en vadrouille !

Lorsque je ne suis pas en voyage, soit je prépare le suivant, soit je raconte le précédent...

Publicité

Je m’en irai dormir dans le paradis blanc

Parfois, certaines personnes font des choix vraiment étranges ; à tel point que je n’arrive pas à me les expliquer… Être amateur de hamburgers et commander un Filet O’Fish au McDo... Se dire passionné de foot et supporter le PSG… Être fan de vacances et aller les passer à la Grande-Motte... Sérieux, qui a eu cette idée folle, un jour d’inventer l’école… et la Grande-Motte ? Ben oui, pourquoi aller s’entasser dans des endroits comme là-bas alors que des endroits comme ici sont complètement déserts ?
« Euh… Franck, es-tu bien sûr que ce soit là où tu veux nous emmener ?... Je viens de furtivement sortir la tête de la tente et s’il n’y a personne, c’est peut-être parce qu’il n’y a rien ici ! Ni prémisse de paysage digne d’être arpenté, ni mer, ni lac, ni montagne, ni pancarte, ni voiture, ni personne… Pas un arabe du coin ni un Euromarché… Pas même un arbre… Autant te dire qu’on n’a pas intérêt à avoir soudainement envie de pisser…

- Ben justement frérot, l’immense zone au nord de la route 89 entre Big Water et Paria est une véritable caverne d’Ali Baba pour les apprentis aventuriers. Ce que je veux dire par là, c’est que ces endroits n’attendent qu’une chose : Nous, pour les découvrir...
- Découvrir, c’est bien ! Encore faut-il qu’il y ait un truc bidule chouette à découvrir !
- Aie confiance,… Crois en moi…. Tsssss… Que je puisse veillez sur toi, fais un somme sans méfiance, je suis là,… Tsss… Aie confiaaaaance… »

 

Mon père, je voudrais me confesser. J’avoue que pour emmener mon frère en toute confiance là où on a prévu de l’emmener, on ne va pas du tout suivre de petits cailloux déposés par d’autres petits poucets ayant suivi le même itinéraire que nous, vu qu’à ma connaissance, aucun petit Poucet ne l’a fait, ni même tenté, ni même imaginé... No copycat, tout en freestyle ! Du coup, tu te demandes comment je peux être sûr que ça soit possible, c’est ça ?... Ben justement, maintenant que tu m’en parles, je crois que je ne le peux pas ! Mais motus et bouche goûtue car ça, mon frère l’ignore encore… En théorie, une longue traversée de plaine désertique et sablonneuse, une traversée de canyon paraissant en théorie traversable sur Google Earth, pour enfin terminer par une descente de plateau semblant en théorie praticable sur l’unique photo trouvée de l’endroit ! Là, en théorie, arrivée aux Wahweap Hoodoos. Puis, remontée sur le plateau pour, en théorie, redescendre plus au nord dans Sidestep Canyon via un éboulis. De là, comme vu sur un blog allemand, possible en théorie de s’en extraire pour accéder de l’autre côté à Colorful Canyon à traverser jusqu’à retomber, en théorie, dans White Rocks Canyon. En théorie, si on suit ce dernier canyon jusqu’au bout de son bout, notre voiture salvatrice nous fera la fête avec feux d’artifice et cotillons pour fêter la pleine réussite de notre expédition. Enfin, en théorie… Dit comme ça, ça fait un peu big bang theory, non ? Du coup, c’est officiellement le moment : Te sens-tu prêt à sauter à pieds joints avec nous dans notre réalité ?...

 

Ramener la coupe à la maison, allez les gars, allez ! Parfaitement synchronisés avec le soleil pointant fébrilement à l’horizon, nous commençons par nous dérouiller l’arrière-train avec une marche sportive un tantinet longuette de cinq kilomètres, zigzaguant inlassablement entre les petits épineux parsemés sur cette plaine sablonneuse sans véritable intérêt. Longuette, cette plaine sablonneuse, mais ne nous opposant aucune résistance jusqu’au fameux point GPS censé nous permettre de descendre dans le canyon nous faisant désormais face. « Censé, vous avez dit censé ? » Ben oui, car c’est un véritable coup de hache qui a été planté dans cette plaine, formant un canyon blanchâtre, profond et abrupt qu’on ne peut pour l’instant toucher du doigt qu’avec les yeux puisqu’au fond d’un à-pic de cinquante mètres et des brouettes. « Dix pour cent de pertes autorisées » qu’ils disaient dans l’armée ! Aïe… Si l’un d’entre nous trois y reste dans cette descente scabreuse qui s’annonce, nous ne serons plus dans les quotas ! Première tentative, game over. Deuxième tentative, même joueur joue encore… Wahweap, je boirai tout le Nil si tu n’me reviens pas ! On remet donc une pièce dans le jukebox pour une troisième... Après douze points de vie perdus, après trois litres de sueur, après un ouf de soulagement, nous parvenons enfin au fond du fond du bidule !… Pas une fin en soi toutefois, puisque notre nouvelle mission consiste maintenant à nous en extraire via l’autre rive. Là encore, c’est Kung Fu Panda dans l’Utah ! A droite, « Attends mille ans que l’érosion aplanisse un peu le chemin » ! A gauche, « Tu te prends pour Spiderman, ou quoi ? » ! Bon, ben il ne reste plus qu’à tenter la solution la moins plus pire : Passer par le mur d’escalade, là, au milieu... Encore une fois, ça passe tant mal que mal malgré deux ou trois frayeurs du genre « Si ma main droite me fait une sale blague, cher Franck, ta famille, tes proches, tes collègues et tous ceux qui t'ont aimé sont ici aujourd'hui, pour te rendre hommage » ! Cool, on peut se garder au chaud cette prière mortuaire pour une autre occasion… Si tu sais compter jusqu’à quatre, tu sais qu’il ne nous reste plus qu’une seule épreuve à surmonter avant d’arriver sur les lieux de notre première découverte. Malheureusement, comme dans Street Fighter, c’est le boss qu’il nous faut combattre dans le dernier round. Là où les courbes de niveau sur le GPS laissaient présager une descente aisée en terre promise dans le canyon où se trouvent les Wahweap, on fait de nouveau face à une abîme presqu’insondable qui donnerait des idées à tous suicidaires. Quatre kilomètres. Nous sommes condamnés à infliger à nos jambes un détour de quatre kilomètres vers le nord afin de trouver sans risque la clé qui nous donnera accès à ce lit de rivière asséché.

Publicité
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc

Euh… Tous ces risques inconsidérés et cette grosse débauche d’énergie imprévue pour quoi, exactement ? Que sont ces fameux Wahweap Hoodoos au nom si mystérieux ? Et je ne veux pas paraître bête mais tu nous parles de hoodoos à tout bout de champ et au final, ben késaco un hoodoo ?... Ben justement, je vais pouvoir éclairer ta lanterne puisque nous y arrivons. Par contre, je vais le faire à voix basse car c’est marrant, mais devant un spectacle d’une telle beauté, tout le monde chuchote. Quand je dis « tout le monde », c’est mon frère, Guillaume et moi, hein ! Car bien évidemment, nous sommes seuls, confortablement installés dans notre salon VIP, avec petits-fours et champagne rosé pour contempler Tower of Silence et ses acolytes. D’ailleurs, cela ne regarde que mon avis objectif et moi, mais Tower of the Silence est ce qui se fait de mieux en termes de hoodoos aux Etats-Unis. Faut dire que les cheminées de fée qu’on peut contempler ici sont tout à fait particulières, avec un corps de mannequin élancé couvert d’un drapé blanc comme la neige, coiffées d’une tête marron tournée vers le ciel, les pieds ancrés dans du grés raviné lui aussi d’un blanc immaculé. Pour ceux qui connaissent, on va dire que c’est le résultat d’une copulation entre Bryce Canyon et Pamukkale en Turquie. En tout cas, je m’extasie devant ces énormes galets posés en haut de ces monticules rocheux. Quelqu’un dont je tairai le nom qui commence par « Su » et se termine par « Van » pourrait être malencontreusement amenés à me dire que ce ne sont que de très gros cailloux avec lesquels Hulk pourrait faire mumuse, mais moi je surkiffe ! A ce propos, par les temps qui courent, c’est difficile de lui trouver des qualités, mais je voudrais quand même faire une petite dédicace toute spéciale à dame Covid sans qui Wahweap et moi n’aurions pas pu nous rencontrer dans le sens où ce site n’était pas à l’ordre du jour du voyage initialement prévu il y a deux ans. Je m’en serais méchamment mordu les doigts jusqu’au coude d’avoir zappé ça, tout comme tu pourras d’ailleurs t’en mordre les genoux si tu ne te chauffes pas les quadriceps pour venir contempler ça par toi-même après avoir bavé devant mes photos…

Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Publicité

En attendant, comme j’ai eu mon CAP en hoodoos avec mention pas mal, je vais te refaire ici un petit cours de géologie appliquée pour que tu comprennes bien comment et pourquoi ces dames blanches ont réussi à s’élancer vers le ciel. Déjà, en y regardant un peu plus attentivement, tu vas bien distinguer deux couches géologiques superposées : Celle du dessous, la blanche qui forme le corps des hoodoos, et celle du dessus, la marron, plus mince mais surtout plus dure, qui protège la précédente des intempéries comme un parapluie. Le hoodoo va rester comme ça, debout, fier comme un breton sous la pluie, jusqu’à ce que son chapeau marronnasse ne s’use jusqu’à la moelle, entraînant alors la dégradation presqu’immédiate du substrat blanc du dessous jusqu’à sa disparition totale… Tu l’as compris, le paysage, ici, est donc en perpétuelle mutation. Mes photos du jour sont en quelque sorte uniques. CQFD.

Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc

Allez, comme les hoodoos n’ont plus de secret pour toi, laisse ton guide de voyage à l'hôtel, chausse tes moonboots de marche, fais un dab pour te motiver et accompagne-nous pour maintenant gagner Sidestep Canyon, deuxième cible du jour et objet de toutes mes convoitises. Déjà, sache que j’aurais pu appeler cette journée « Les coucouilles en vadrouille « ! Car là où nous avons péniblement fait un détour de quatre kilomètres tout à l’heure pour descendre dans le canyon et accéder aux hoodoos, il aurait été possible de descendre du plateau directement dans l’éboulis tout juste à droite des Wahweap. Coucouilles un jour, mais pas coucouilles toujours ! Car nous profitons en effet de ce même éboulis pour remonter à l’étage supérieur et tirer tout droit à travers champs jusqu’à un premier point de vue embrassant Sidestep et ses concrétions magiques… Waouh et re-waouh et re-re-waouh et re-re-re-waouh et… bon, ok, j’arrête, c’est lourd...

Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Publicité

Ahhhhh… Sidestep… Ma préférence à moi… Sidestep, j’ai tellement pensé à elle, tellement étudié ses courbes, tellement fantasmé sur elle qu’à une certaine période, je me retenais de ne pas crier son nom en plein ébat sexuel. Comment en suis-je arrivé là ?... Ben pour commencer, lors de ma préparation archi-méticuleuse, je me suis pris en pleine tronche des photos et descriptions hallucinantes de l’endroit sur des blogs de voyages allemands qui ont eu pour effet l’inscription automatique de ce site dans te top trois des trucs que je voulais faire durant ce voyage. Oui monsieur, j’ai fait allemand première langue et je suis heureux d’annoncer à Monsieur Zimmer que j’ai enfin compris à quoi m’avaient servi ses cours suivis assidûment au collège ! « Eins, zwei, polizei, drei, vier, grenadier,… » Bref… Après ça, j’ai lu plusieurs témoignages et carnets de touristes français insinuant que Sidestep ne valait pas tripette, qu’il ne figurait pas dans les immanquables de l’ouest, que ça ne valait en aucun cas Le Havre en plein hiver, et patati et patata… La subtilité qui m’a tapé dans l’œil, c’est que les photos qui accompagnaient leurs thèses - antithèses - synthèses ne correspondaient pas tout à fait à ce que j’avais zieuté chez nos voisins teutons. Qu’en ai-je conclu à ton avis ?... Tout simplement que mes amis concitoyens ont pour la plupart fait l’économie d’énergie nécessaire pour accéder aux bons spots, se contentant uniquement d’un ou deux points de vue lointains. Donc là, pour aujourd’hui, mon challenge consistera à rétablir la vérité et faire définitivement entrer Sidestep au panthéon des sites de l’ouest, c’est-à-dire à la place qu’il mérite !

Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc

Allez, comme je dis plus la vérité qu’un journaliste de BFM TV, hé bien écoute la recette de la potion magique que j’ai concoctée avant de partir et que l’on va suivre scrupuleusement. Arrivé en haut de West Fork of Wahweap, la pente autorise une descente sans trop de risque. Le hasard aurait pu bien faire les choses mais il n’en est rien puisqu’on avait repéré précisément ce point GPS avant de venir et qui débouche sur un champ de petits hoodoos blancs à têtes jaunes très photogéniques. Une fois sur le plancher des vaches, on laisse le canyon de Sidestep pour l’instant de côté pour tirer plein nord et aller photographier le beau Dual Hoodoo strié de lignes rouges et blanches. Clic-clac Kodak !

Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc

De retour sur nos pas, est enfin venu le moment de pénétrer dans le large wash de Sidestep sur notre droite. Insolite, incongru, anormal,… Je crois qu’incroyable est le bon terme pour caractériser une fois de plus le menu qu’on propose à nos yeux. Ici, qu’il s’agisse d’un orage largement nourri ou d’une simple goutte de rosée perlante à l’aube, chaque once d’eau a inexorablement pénétré la moindre fissure, le moindre interstice de ce plateau meuble et friable pour y jouer un rôle prépondérant dans l’histoire du façonnage, année après année, siècle après siècle, de cette blanche ville imaginaire constituée de ses artères et immeubles futuristes. Si un elfe, un Chewbacca ou une quelconque créature mythologique déboulait là, tout de suite, maintenant, je crois que je ne m’en offusquerais même pas, c’est pour dire !

Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc

Nous progressons en silence dans cet environnement à l’apparence hostile, littéralement estomaqués par cette vision surréaliste. Nous restons toutefois à l’affut des éventuelles créatures qui pourraient se confondre dans ce capharnaüm minéral, nous observant envahir leur territoire jusqu’à pénétrer dans son antre. Car oui, à un moment donné, nous voilà résolus à nous faufiler au sein d’un slot canyon tout de blanc vêtu où la progression demeure très compliquée. Compliquée, de une, tellement c’est serré... Mais compliquée, surtout, tellement c’est beau et que la tentation d’immortaliser chaque relief, chaque recoin, chaque volute rocheuse est trop forte. Notre souplesse légendaire, notre courage, notre abnégation, notre endurance et notre motivation sans faille nous permettent toutefois d’atteindre ce qui nous semble être le cul du sac du canyon. Demi-tour, droite ! Au fait, tu t’en doutes peut-être mais je le répète quand même : Interdiction formelle d’entrer dans un slot canyon comme celui-ci par temps de pluie. Risque élevé de montée soudaine et violente des eaux accompagnée d’une mort assurée. Purée, ça y est, je crois bien que je parle comme un ranger !

Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc

Une fois de plus, nous revenons sur nos pas jusqu’à l’entrée du wash principal pour tenter, selon mes amis virtuels allemands, de grimper à l’étage supérieur sur la gauche et bénéficier d’une vue du dessus du canyon. Et là, deux salles, deux ambiances. Un point commun : Nouvelle explosion de superlatifs ! Une chose est sûre… snif… C’est officiel… snif… Le site est digne de figurer… snif… dans les musts de l’ouest américain,… snif… à n’en pas douter… snif… Désolé…, c’est l’émotion… Car après son slot, Sidestep nous propose maintenant dans sa palette une véritable forêt de champignons sur lesquels on peut sauter de l’un à l’autre. Je ne sais pas trop pourquoi mais l’ensemble me fait penser à l’armée des guerriers de Xi’an que l’on peut voir en Chine… En fait, ces champignons sont des hoodoos en cours de formation. Reviens dans le coin dans cent-mille ans et tu trouveras ici un paysage certainement encore plus exceptionnel. Je ne te parle même pas des autres hoodoos, des vrais cette fois-ci, qui s’étalent tout le long du canyon et qui forme une haute paroi rocheuse digne du grand mur de Game of Thrones. Alors oui, ce site n’offre pas son corps au commun des marcheurs blancs vu qu’il nécessite longue marche d’approche, escalade et contorsion, mais si tu as la condition, l’esprit d’aventure, et pas encore trop de ventre, fonce en procédant comme nous, tu devrais apprécier… A moins que tu ne préfères te débrouiller par toi-même en déchiffrant quelques sites en allemand !

Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc

Te reste-t-il encore un soupçon de bave ? Oui ? Ok. L’encéphale encore troublé par Sidestep, nous quittons le canyon par son extrémité ouest jusqu’à arriver, quelques centaines de mètres plus loin, à la jonction avec Colorful Canyon. Oui, encore un canyon ! Là aussi, la plupart des témoignages lus à droite et à gauche racontent une supervision de l’endroit uniquement par le haut. Soi-disant que la bête serait trop dangereuse, trop escarpée, trop sauvage, limite hantée par des gobelins aux dents acérées… Nous, dans la gueule de la bête, même pas peur, on se jette dedans avec le sourire au coin des lèvres ! Des hoodoos, encore des hoodoos. Des roches multicolores, encore des roches multicolores. De la beauté naturelle, encore de la beauté naturelle. Si bien qu’après s’être baladé dans Colorful Canyon, nous parvenons tout en bas dans ce que certains appellent la White Valley, là ou d’autres la nomment la Rainbow Valley. Alors oui, c’est escarpé, oui, rien n’est fait pour permettre à papy et mamie de se balader tranquillement en suivant le parapet du sentier puisqu’un sentier, il n’y en a pas, mais alors qu’est-ce que c’est grisant de se battre mètre après mètre pour progresser. Tout est chaos, à côté, tous mes idéaux, des mots, abimés… Je cherche une âme qui pourra m’aider, je suis une génération très enchantée ! Très enchantée !

Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc

Bon, il est déjà près de seize heures. Cela nous fait donc près de neuf heures de balade bucolique au compteur. Stop ou encore ?... Après avoir annoncé le montant de la valise RTL, Fabrice nous informe que le « encore » a obtenu quatre-vingt-douze pourcent ! Pas d’inquiétude, si tu n’as rien compris à la phrase précédente, c’est que tu es trop jeune... Nous, trop jeune ou pas, nous embrayons vers White Rocks. Eh paf ! Encore un site peu fréquenté pour voir des hoodoos comme seul le Grand Staircase-Escalante National Monument sait nous en offrir à la pelle. Nous sommes les poinçonneurs du Grand Staircase ! Des hoodoos, des hoodoos, encore des hoodoos… Des hoodoos, des hoodoos, toujours des hoodoos… Des hoodoos d’seconde classe, des hoodoos d’première classe… Bon, certes c’est bien plus beau que le Colorado Provençal, mais ça reste fade comparé à ce qu’on a vu tout au long de cette journée à Wahweap, Sidestep et Colorful. Il est donc venu l’heure de trainer nos ombres jusqu’à la voiture située à deux kilomètres tout au sud...

Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc

Dix heures de marche. Vingt-trois kilomètres parcourus. Huit-cents mètres de dénivelé. Sept-mille quatre cents hoodoos à plus ou moins trois hoodoos près. Voilà pour le bilan carbone de notre petite escapade bucolique. Plein les bottes assurément on en a. Plein les yeux aussi. Quoique… Je ne sais pas pour vous, mais moi, il me reste encore un peu de place. « Ben oui, et le soleil n’est pas encore près de se coucher, là. Où est-ce qu’on irait bien assister à sa mise à mort ? » T’inquiète, à ce sujet-là, Guillaume et moi sommes des puits sans fond. Nous ouvrons notre roadbook, et direction la Cottonwood Canyon Road, direction Yellow Rock ! Oui, je suis au courant que son accès nécessite une nouvelle rando avec pas mal de dénivelé… « Wahweap Hoodoos, Sidestep, Colorful, White Rocks, et maintenant, Yellow Rock ? Euh, ça ne fait pas un peu beaucoup pour une seule journée, tout ça ? » nous disent nos jambes... « Meuuuh non ! »... Combat entre la fatigue et la motivation. Et à la fin, il n’en restera qu’un !... La motivation d’aller contempler Yellow Rock de tout en haut l’emporte finalement assez facilement...  Go go go !

 

Un bout de route, un bout de piste et me revoilà plongé sept ans en arrière au trailhead du Yellow Rock. Bon, à l’époque, accompagné de mes filles de neuf et six ans, j’avais dû déclarer forfait pour cause de chaleur excessive. Là, à part nos jambons d’Ardennes un peu secs, à part le soleil qui joue un peu à cache-cache avec les nuages, les conditions sont optimales.
« Du coup, c’est bon pour toi, tu remets le bleu de chauffe avec nous ?
- Euh… Je crois bien que je viens soudainement d’être frappé de basophobie !

- Basoquoi ?
- La phobie de marcher !
- Avoue plutôt que tu es au bout du rouleau de printemps… Tant pis pour toi, tu ne seras pas des nôtres en cette fin d’après-midi pour découvrir ce bout de rocher jaunement coloré. Tu ne seras pas des nôtres ce soir pour partager le coucher du soleil en dégustant une bonne barre de céréales aux noisettes. Tu ne seras pas des nôtres pour pouvoir dire « Yellow Rock ? Oui, je l’ai fait dans la même journée avec Wahweap, Sidestep, Colorful, White Rocks… » Allez, viens… Ne fais pas ta mijaurée. Et puis comme le disent mieux que moi les supporters de Liverpool, you’ll never walk alone… »

 

Aaaah, tu nous accompagnes, finalement ? Peut-être l’argument des barres de céréales aux noisettes qui a fait son petit effet ? Allez, ce n’est pas par l’opération du saint esprit qu’on va y parvenir donc en avant Guingamp ! Pour te la faire courte, on traverse la Cottonwood Creek River en évitant de se faire manger par ses sables mouvants, on se débat pour sortir vivant d’une barrière végétale agressive, on enfile comme des perles mètre après mètre pour battre à la régulière le dénivelé du mur qui constitue le chemin d’accès officiel, on traîne notre carcasse sur le dernier kilomètre pour enfin accéder aux pieds de ce gros caillou tout jaune déposé ici par je ne sais quelle divinité consommatrice régulière de marijuana. C’est dingue comme, à quelques kilomètres à vol d’oiseau, on peut passer impunément d’une merveille géologique à une autre sans pouvoir déceler le moindre lien de parenté entre les deux. Et au fait, pourquoi toute cette orgie de jaune précisément à cet endroit ?... Ne me regarde pas comme ça, je n’en sais rien… Ce que j’en sais, c’est qu’on déambule sur sa face nord toute de jaune vêtue, sur sa face sud toute de jaune vêtue, on atteint son sommet tout de jaune vêtu agrémenté de ces quelques veines blanchâtres… Mais attention, lorsque le blanc bave sur le jaune, il fait ça avec élégance, le bougre… Toujours… Jusqu’à ce que, brusquement, le soleil rasant daigne transformer le jaune délicat en orange foncé. « Je veux le nom de cet artiste peintre ayant renversé ses pots de peinture ici ! Je veux son nom ! Tout de suite ! » A moins qu’on soit sur le lieu de tournage de la dernière pub pour Ripolin ??? Encore une fois, chacun de notre côté, nous nous isolons pour profiter à notre façon de ces parois qui s’arrondissent, poncées, polies par une couche de miel déposée là comme une offrande du dieu soleil en personne. Bref, quand Saint Christophe, le saint patron des voyageurs, a décrété qu’il t’accompagnerait pour la journée dans sa complétude, ben il ne fait pas dans la dentelle de Montmirail ! Magique…

Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Je m’en irai dormir dans le paradis blanc

Désolé, après ça, je ne suis pas riche en mots d’amour pour décrire cette fin de journée et cette fin interminable de Cottonwood Canyon Road. Même les bières avalées à Escalante avant d’aller nous coucher nous paraissent sans saveur après ça. Mais ce n’est pas grave, nous sommes riches des souvenirs indélébiles qu’on s’est gravés aujourd’hui dans nos mémoires jusqu’à la fin de nos jours. Oui, ok, c’est kitch comme fin mais je n’avais rien d’autre sous le coude pour finaliser cette journée et introduire celle de demain. De toute façon, demain est une autre aventure…

Partager cet article
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article