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Carnets De Route

28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 08:28

Aujourd’hui, j’aimerais te faire une petite gâterie… Ben oui, je suis sûr que tu raffoles de ça, toi, des petites gâteries… Donc c’est officiel, je prends les choses en main ! Déboutonne le premier bouton de ta chemise, relâche tes épaules et laisse-toi faire. Attends-toi à vivre une expérience dont tu vas te souvenir aussi longtemps que de ton premier roulage de pelles : La découverte des environs de Hpa An, zone très peu courue par le commun des mortels touristes qui se cantonne généralement au circuit classique lors de sa venue en Birmanie ! Faut dire qu’à Hpa An, pas de monument monumentale, ni même de charme charmant… Comme partout en Birmanie, on trouve ici bien évidemment cinquante pagodes ou stupas au kilomètre carré, mais c’est pour les environs de la ville que certains mazos des longs trajets en bus comme nous poussent leur vadrouille jusqu’ici. Des grottes emblématiques, des rizières magnifiques, des paysages karstiques, des stupas atypiques ! Et pour découvrir toutes ces choses en « ique », quoi de mieux qu’une moto ?... Quelqu’un a-t-il une meilleure alternative à proposer ?... Non ? Personne ?... Ah, si… Sandrine... Et la Sandrine, elle ne propose pas. La Sandrine, elle impose… En fait, moi, routard dans l’âme et farouche opposant du gouvernement des tours organisés, j’avais dans l’idée depuis belle lurette de louer des motos et de partir à la recherche des sites des alentours. Or, hier soir au resto, un petit bonhomme en mousse nous l’a fortement déconseillé : « Ne faites pas cette erreur, les sites sont introuvables ! » Bon, des trouillards comme lui, j’en ai connu d’autres et ne tiens donc pas compte de cette remarque ne faisant pas avancer le chimilimilique. Mais quand, au petit-déj’ ce matin, un autre gars qui doit être dans la combine, en remet une louche de dix litres avec son « C’est la galère assurée si vous faites ça en moto ! », Sandrine se laisse embobiner comme un lama unijambiste et me prive d’initiative aventurière pour les vingt-quatre prochaines heures ! Etant venu avec la cavalerie, je tente quand même un « On ne va pas se laisser intimider par ces lopettes ! Tu verras, ça va bien se passer ! » Sauf qu’en face, il y a deux catapultes. La première, c’est le « Non » ferme qu’elle me sort froidement. La seconde, c’est le regard noir avec lequel elle me dit ça. Du coup, les quelques rescapés de la cavalerie sortent rapidement le drapeau blanc. La déception entre les jambes, je dois me contraindre à aller demander à l’accueil de l’hôtel si on ne pourrait pas me refiler le 06 d’un pilote de tuk-tuk susceptible de nous contenter pour la journée… Service express ! Un coup de bigophone, l’énumération des sites que je veux fouler de mes propres pieds, une mini négociation, et l’affaire est dans le lac pour quinze mille kyats pour nous quatre, départ dans une demi-heure !

Pas Anne, non pas elle !

Patel et Kaw Ka Thaung ! Patel, c’est le nom de notre chauffeur qui, pour la petite histoire, ne me comprend pas quand je parle. Pour ne pas faire de jaloux, je ne le comprends pas non plus donc tout va bien... Quant à Kaw Ka Thaung, c’est le nom de la première grotte où nous nous rendons… La particularité artistico-touristique de cette caverne, c’est que ses parois sont couvertes de milliers de petites icônes de Bouddha en argile toutes identiques… De loin, on dirait des auto-collants Panini collés au mur, tous à l’effigie du même joueur de foot alias Jean-Michel Bouddha… Au fin fond de la grotte, un boyau très étroit permet d’accéder à une salle secrète. En voyage, comme la curiosité est un excellent défaut, on l’emprunte ! Et dans cette salle secrète, devine donc un peu qui nous y attend bien sagement ? Oh, surprise… des statuts de Bouddha ! Heureusement, contrairement à la Thaïlande, Sandrine n’est pour l’instant pas encore en mode saturation vomismatique concernant toutes ces bondieuseries bouddhistes qui ne sont pourtant pas trop son genre. Va savoir, peut-être garde-t-elle ça pour elle pour ne pas me froisser ?... Ah non, ça non plus, ce n’est pas trop son genre…

Pas Anne, non pas elle !
Pas Anne, non pas elle !

Bon, la visite de la grotte est bien agréable mais je dois t’avouer que c’est son environnement extérieur que je voudrais me tatouer à vie sur la rétine. Ça en jette grave, comme diraient les djeuns ! Ferme tes yeux non bridés et imagine… Une plaine inondée couverte de rizières verdoyantes d’où émergent au loin quelques massifs karstiques transperçant le sol pour tenter de toucher du doigt le ciel d’un bleu profond… Un chemin poussiéreux bordé d’une ribambelle de statuts de moines bouddhistes grandeur nature semblant nous indiquer le chemin… Chemin au bout duquel se trouve un petit bassin d’une eau cristalline dans lequel les enfants du coin viennent patauger... Ajoute à ça quelques petites gargottes sur pilotis, et je suis à un étage du paradis… et bien décidé à y rester un petit moment. Que pourrais-je donc bien imaginer comme astuce ?… Yepaaaa, j’ai trouvé !... Lentement, je m’approche du bassin. Habilement, je fais semblant de glisser. Mouillément, je me retrouve dans l’eau tout habillé ! « J’ai glissé, chef… » Bon, ma pirouette cacahuète a bien fait rire la galerie, et servi de prétexte à mes filles pour enfiler leurs maillots de bain… Le temps du séchage, avec ma chère et tendre, nous profitons donc de ce moment de quiétude zénifiante pour langoureusement… nous enfiler une bonne bièèèère !!!

Pas Anne, non pas elle !
Pas Anne, non pas elle !
Pas Anne, non pas elle !
Pas Anne, non pas elle !
Pas Anne, non pas elle !
Pas Anne, non pas elle !
Pas Anne, non pas elle !
Pas Anne, non pas elle !

Allez chauffe Patel ! Nous sommes maintenant sur le looong chemin caillouteux menant à la grotte de Saddar. Long car Patel roule tellement vite qu'on pourrait se faire culbuter par un chat s'il lui prenait l'idée de nous traverser devant... Bref, une fois sur place, là aussi, zig-zaguer entre les stalagtites et les stalagmites, guidés par des lampes-torche et une appétissante odeur de guano, n’est pas des plus désagréable. … Euh, petite parenthèse gastronomique : Non, le guano n’est pas une délicieuse recette locale, mais des fiantres de chauve-souris… En tout cas, j’espère que c’est bon pour la voute plantaire car le sol de la grotte en est couvert et nous progressons pieds-nus ! Parenthèse fermée.

Pas Anne, non pas elle !
Pas Anne, non pas elle !

Je disais donc que la grotte Saddar est un incontournable du coin, mais là encore, c’est le magnifique environnement extérieur qui me ravit à sa sortie. Plus mieux que la précédente, j’dirais même ! En fait, cette grotte n’est pas en cul-de-sac et sa sortie de l’autre côté de la montagne débouche sur un petit lac croquiniolet que notre imaginaire asiatique ne pourrait pas mieux imaginer… Ça envoie du pâté, comme diraient les djeuns ! En tout cas, encore un endroit idéal pour se déssoiffer avec la petite sœur de tout à l’heure, cette fois-ci accompagnée d’un plateau apéritif dînatoire : Quelques beignets de légumes frits, morceaux de poulets frits et enfin, bâtonnets de fruits frits. Retour vers la friture !... Et aussi, retour vers l’entrée de la grotte. Pour ce faire, il est bien évidemment possible de revenir à pieds en reprenant le même chemin, les pieds dans la crotte de chauve-souris. Ok, ça, c’est la solution pour les loosers ! Car pour quatre-mille kyats, il est également vivement conseillé par le Lonely Franck de louer les services d’un gars accompagné par sa pirogue qui vous font tout d’abord traverser le petit lac, passer ensuite par un tunnel naturel, pour enfin déboucher sur le bouquet final, de petits canaux au milieu des rizières. C’est asiatiquement beau, à tel point que mes yeux me remercient de les avoir emmenés avec moi ici ! Yeux tout écarquillés face à l’immensité de la grotte, émerveillement devant la beauté du petit lac et de la balade en bateau dans les rizières,… Voilà ce qui pourrait résumer cette première journée de découverte des environs de Hpa-An. Mais que nenni ! Il n’est que midi et on en a encore sous la semelle ! D’ailleurs, midi, ça rime avec gargouillis… Notre estomac nous guide donc jusqu’à un lieu que les locaux nomment « Waterfall ». On y mange un très bon fried noddles dans un établissement équipé de toute la panoplie de la bonne gargote qui se respecte. Sol en terre battue, poules sur les tables, et régalade dans l’assiette !

Pas Anne, non pas elle !
Pas Anne, non pas elle !
Pas Anne, non pas elle !
Pas Anne, non pas elle !
Pas Anne, non pas elle !

Bon, vu que c’est quatre fois plus long, on ne va pas y aller par quatre chemins ! On reprend donc maintenant la route, direction le jardin de Lumbini ! Comme il y a peut-être des lecteurs de Rustica dans l’assemblée, je préfère préciser que le jardin de Lumbini n’a de jardin que le nom. On va dire qu’ils ont appelé ça « jardin » depuis le jour où un gars y a planté des graines et qu’il en a résulté un immense champ d’herbes folles dans lequel ont poussé pas moins de mille cent-cinquante statuts de Bouddha. Nous ne prenons pas le temps de les compter et enchaînons direct avec le mont Kyauk Kalap. Quand on l’aperçoit de loin, on est tout d’abord étonné de trouver un tel phénomène géologique en cette rase campagne. Et quand on s’en rapproche beaucoup plus, on est encore plus surpris de constater que ce piton rocheux d’une trentaine de mètres se situe au beau milieu d’un lac. Connaissant maintenant un peu mieux nos amis birmans, on comprend que toutes ces particularités les ont poussés à y loger un stupa doré en son sommet. « Oh le truc, le truc, le truc ! » Ça, c’est la réaction d’Anna en découvrant le site. Et c’est vrai que c’est un sacré truc de malade, comme dirait les djeuns. On passe un long moment dans ce décor de carte postale, entre sa contemplation de loin, de près, de l’intérieur, du dessus, du dessous,… Pour la petite info qui ne coûte pas chère mais qui peut servir, les trente moines qui vivent là distribuent gratuitement des repas végétariens à ceux que ça intéresse. Si la dépense qu’a constituée le voyage pour venir jusqu’ici t’a râclé le fond des poches, tu ne mourras au moins pas de faim…

Pas Anne, non pas elle !
Pas Anne, non pas elle !
Pas Anne, non pas elle !
Pas Anne, non pas elle !
Pas Anne, non pas elle !

Allez, quand y’en a plus, y’en a encore ! Et oui, les sites à visiter dans les environs de Hpa An, c’est comme le Paic citron ! On se rend maintenant à la grotte Kawgun où là, ça devient pénible… Ben oui, tu vas te dire que je radote car une fois de plus, la grotte est plus  qu’envoûtante avec ses milliers de petites statuettes de Bouddha collées aux murs, au plafond, dans chaque petit recoin,… Pour changer un peu des adjectifs superlatifs, ça te dit si on s’organise une petite session historique pour compléter tes connaissances bouddhistes ?... Premièrement, de quand datent toutes ces décorations ?... Allez, au pif, je dirais du onzième siècle… Bonne réponse !!!... Et comment ces statuettes sont-elles arrivées ici ?... En fait, le roi Manuha y a trouvé refuge pendant plusieurs années lors de son exil, et n’a rien trouvé de mieux comme occupation que la confection de ces petites statuettes qu’il s’amusait à coller un peu partout sur les murs de son intérieur. Il y en a qui ont des posters de femmes nues dans leur cellule, ben lui, il avait ses statuettes de Bouddha ! En tête à tête avec Bouddha, il s’est fait son petit caprice à deux, caprice des dieux…

 

Pas Anne, non pas elle !
Pas Anne, non pas elle !
Pas Anne, non pas elle !
Pas Anne, non pas elle !

Voilà, c’était la minute « tout le monde s’en fout », mais peut-être que toi, ça t’a quand même intéressé un peu. Avec le sentiment du devoir accompli, je peux donc reprendre le cours normal de ma journée de visites de grottes… Et tu l’as maintenant compris, on ne change pas une équipe qui gagne ! Qui dit grotte à visiter autour de Hpa an, dit aussi environnement extérieur à ne pas manquer. Et à la grotte de Kawgun, il ne faut surtout pas manquer l’escalier juste à gauche après l’entrée et qui permet de gravir la montagne d’où il est possible de contempler un paysage panoramique somptueux contre seulement quelques gouttes de sueur ! Sur mes conseils, Sasha ne l’a pas manqué. Sandrine et Anna, n’en parlons pas…

 

Allez, next grotte ! « Nom d’une godasse en cuir, t’en as encore combien à nous infliger ? » Rassure-toi, je ne vais pas t’enquiquiner longtemps avec celle-ci. Non seulement, la grotte de Yathaypan est un peu moins « tout ce que j’ai dit de bien sur les autres ». De plus,  elle est la dernière de notre liste de courses. Si tu en conviens, on peut donc passer directement au dernier site du programme, en l’occurrence Batcave. J’ai juste lu à propos de cet endroit que chaque soir à dix-huit heures vingt tapantes, week-ends et jours fériés compris, une envolée de quelques chauves-souris se donne en spectacle en sortant toutes ensemble d’une sombre caverne. Ne sachant pas trop à quoi m’attendre, je crains simplement que cela ne soit un truc à touristes… On va pouvoir s’en rendre compte par nous-même… Déjà, à dix-huit heures vingt pile poil, le coup d’envoi est donné. Ponctuelles ces chauves-souris ! Et après quelques secondes, ce n’est pas en dizaines, ni en centaines, ni en milliers, mais en millions que se comptent les descendants de Dracula, contribuant allègrement à assombrir encore un peu plus ce ciel de crépuscule ! Vraiment incroyable ! Jamais vu ça ! Impressionné ! Et pour nous être agréable, sache que maman chauve-souris a bien demandé à tous ses petits d’aller faire pipi et caca avant de sortir. Pas une goutte ni même une petite déclichette chiasseuse dans l’œil à déplorer… Merci pour cette attention !

Pas Anne, non pas elle !
Pas Anne, non pas elle !
Pas Anne, non pas elle !
Pas Anne, non pas elle !
Pas Anne, non pas elle !

Et voilà, notre première journée à Hpa An est en train de se faire griller la politesse par notre seconde nuit ici, avec la route du retour vers la ville effectuée dans le noir c’est noir. Et alors, quel est le bilan sanguin de cette journée ?... Et bien disons que je savais que la région pouvait servir du caviar à la louche et on vient aujourd’hui de s’en manger une bonne grosse tartine !... Ça te va comme métaphore ?... Allez, pour s’économiser quelques pas précieux, on se fait déposer par Patel devant le restaurant San Ma Tau qui a la réputation d’être prisé par les birmans. Le secret a certainement dû être éventé car on se retrouve au milieu des mêmes personnes qui étaient avec nous à la Batcave. Pas grave, la nourriture y est très bonne et copieuse, même si on ne s’y éternise pas très longtemps, des écrans diffusant un film d’horreur que les yeux d’enfants de nos deux blondinnettes ne doivent pas voir… Du coup, Sandrine est heureuse de retrouver rapidement notre hôtel de luxe d’où on ne ressortira plus avant demain. De toute façon, demain est une autre aventure…

Pas Anne, non pas elle !
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Published by Franck - dans Birmanie
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27 février 2015 5 27 /02 /février /2015 18:11

Il y a trois incontournables en France : La tour Eiffel à Paris, notre ah que Johnny Hallyday national, et surtout l’incroyable statue de Woinic dans les Ardennes... En Birmanie, c’est tout pareil ! Déjà, tu as la Pagode Schwedagon à Rangoon où nous irons faire quelques prières dans quelques jours si Bouddha le veut bien. Ensuite, il y a la Pagode Mahamuni à Mandalay. Rappelle-toi, c’est là où on peut voir mister Bouddha en pleine digestion après une orgie de hamburgers… Et enfin, il y a le Rocher d’Or dans le sud du pays. Si je te dis tout ça, c’est parce que ce Rocher d’Or, c’est pile poil notre objectif du jour ! Dédaigneux initialement, je ne l’avais pas mis au programme car nombreux sont ses détracteurs qui lui crachent dessus en prétendant que ce Rocher d’Or n’est finalement qu’un rocher recouvert d’or. Ouais, ben c’est un peu ce qu’on lui demande, après tout… Il ne peut donc pas y avoir tromperie sur la marchandise ni accusation de publicité mensongère… D’autres affirment que la visite du Rocher d’Or est plus une expérience à vivre qu’un véritable site à visiter… Ok, là, c’est plus censé comme critique… Du coup, en pesant le pour et le pour après lui avoir mis un carton rouge initialement, j’ai rapidement eu des remords et l’ai tout de même inscrit au patrimoine mondial des sites que je voulais découvrir dans ma vie. Et puis aller en Birmanie sans voir leur Woinic national, ce serait gâché, non ? Donc au Rocher d’Or, nous, on y va ! Enfin, on y va, on y va, c’est vite dit ! Car pour le moment, on vient juste de nous débarquer à Bago à quatre heures et demi du mat’ après une douce nuit de bus à réviser nos plus grands tubes birmans au karaoké. Et autant te le dire de suite, le Rocher d’Or, personne n’a l’intention de nous le déposer sur une assiette tout en nous mettant une cuillère en argent dans l’oreille ! Après cette nuit dans le bus numéro un, il nous faut maintenant faire la route entre Bago et Kinpun dans un moyen de locomotion numéro deux. Et arrivé à Kinpun, il nous restera à nous farcir un moyen de transport numéro trois afin de monter la montagne en haut de laquelle se trouve le Rocher d’Or. Enfants du soleil, on parcourt la terre, le ciel, on cherche not’chemin, c'est notre vie, c'est notre destin. Et le jour la nuit, avec ma femme et mes deux filles, not’bus venant du nord, on recherche le Rocher d'Or… Aaaaaaah ah ah aaaah…Franck Anna Sasha, Sandrine, le Rocher d’ooooor…

Un rocher Suchard ?

Bref, en attendant le bus number two, c’est ma tournée, petit-déj’ pour tout le monde ! Avec deux allemands et un français rencontrés à l’arrêt de bus, direction le seul boui-boui ouvert à cette heure matinale dans lequel on trouve des plats divers et avariés... Satisfaction du système digestif, bof bof. Plaisir des papilles, zéro pointé…. jusqu’à ce qu’on nous fasse signe pour nous signifier l’arrivée de notre minibus de campagne. Minibus de campagne car un type reste sur le marchepied pour héler les potentiels clients ; le tout, bien évidemment agrémenté des traditionnels klaxons birmans… Que se passerait-il si le klaxon de notre minibus venait malencontreusement à tomber en rade ? A tous les coups, ce serait l’immobilisation du véhicule sans sommation ! Un pneu crevé, passe encore, mais un klaxon muet…, soyons sérieux ! Tout ça pour te dire qu’avec le bruit, les arrêts et les courants d’air, inutile de compter finir ta nuit de pionçage dans ce minibus de campagne durant l’heure et demi de route qui sépare Bago de Kinpun Une heure trente à laquelle se sont ajoutés soixante arrêts d’une minute pour prendre ou faire descendre des passagers… Arrivée à Kinpun à huit heures trente ! Là, le calvaire touche à son paroxysme puisque le moyen de locomotion numéro trois pointe le bout de son nez…

 

Ah, tu l’as voulu ton pèlerinage au Rocher d’Or, hein ? Et bien tu vas en ch… jusqu’au bout ! C’est ce qu’on appelle un pèlerinage sportif ! Car pour l’ascension de la montagne en haut de laquelle se trouve le fameux rocher, deux solutions : Tes jambes mais tu en as pour la journée… Ou alors une demi-heure de rodéo-truck à bord d’un camion-benne aménagé. Et quand je te parle d’aménagement, ce n’est pas Régis qui a bricolé sa camionnette J9 pour en faire un camping-car avec lit, frigo et douche solaire… C’est sept bancs dans la benne, sept personnes par banc, sept personnes dans la cabine, trois mille kyats par personne ! C’est ce qu’on appelle un pèlerinage sportif pour les uns, pèlerinage lucratif pour les autres !

Un rocher Suchard ?

Entassés comme des bœufs partant à l’abattoir, nous entamons l’éprouvante montée, nous, transbahutés de gauche à droite à chaque virage, moi, étouffé par Anna et Sasha qui sont sur mes genoux pour permettre à une huitième personne de tenir sur notre rang, Sandrine, plotée par un type bizarre assis à côté d’elle… Le pauvre… Je ne parle pas du type qui tente de ploter ma femme, mais bien de l’embrayage qui hurle à la mort pour parvenir à nous faire avancer malgré une pente constante à plus de dix pour cent ! Heureusement, après vingt minutes, une pause s’impose. Au menu, vente de nourriture et de boissons, assortie de raquêtes et autres donations obligatoires pour Bouddha. Et ça doit être un rituel ici, car dès que recommence notre calvaire, tous les birmans font d’autres donations, à dame nature cette fois-ci ! Et hop, une boîte vide de Pringles ! Et hop, une bouteille de Fanta ! Et hop, un emballage d’Oreo ! Quelle générosité…

 

Bref, chaudement démoulés de notre limousine, on en arrive à la dernière épreuve du pèlerinage. Là encore, deux choix. Une demi-heure de grimpette raide à pinces, ou passer pour la pire des feignasses en se faisant porter par quatre birmans dans un palanquin. Le prix de la course ? Ça se calcule au poids ! Véridique ! Donc la distraction du coin : la pesée !... Pour nous, bien sûr, ce sera à pied en flânant entre les boutiques de bondieuseries et autres remèdes miracles à base d’huile d’éléphants, de crânes de singes, de pics de porc-épic,… Et ce qui devait arriver arriva… Après tant d’efforts pour le voir, nous l’avons enfin en ligne de mire : le Rocher d’Or !!! Pour un bouddhiste, venir au rocher d’or est une étape indispensable de sa vie. L’effort consenti pour venir et grimper jusqu’ici lui vaut un bon point pour sa prochaine vie. Je peux te dire qu’avec tous les efforts et les sites religieux qu’on a visités depuis notre arrivée au Myanmar, on va obtenir une grande image… et une super vie future !

 

Mais revenons-en à notre Rocher d’Or… Comment ce simple bout de caillou est-il parvenu à la gloire alors que rien ne le prédestinait à une telle carrière de star ?... Selon la légende, au onzième siècle, un vieil ermite donna au roi Tissa un cheveu de Bouddha qu’il avait caché toute sa vie dans son chignon… Ouaih… si on veut… mais encore ?... Il lui offrit à une seule condition. Que le roi déniche un rocher ayant la forme de sa tête, qu’il l’installe tout en haut du mont Kyaiktiyo, et qu’il le coiffe d’une pagode pour y conserver ce cheveu… Bon, c’est là que l’histoire devient bizarre… Le roi, sans demander le pourquoi du comment, s’exécuta et trouva le rocher parfait au fin fond de la mer et le fit transporter jusqu’ici. L’épisode d’X-files raconte aussi que le bateau en question se transforma tout naturellement en pierre et que le rocher défie maintenant les lois de la gravité, en équilibre depuis mille ans, maintenu par le fameux cheveu de Bouddha… Et ouais, ça se passe comme ça chez McBouddha !

Un rocher Suchard ?

En m’approchant du bout de rocher le plus vénéré au monde, je constate quand même que les birmans ont moyennement confiance en la solidité du cheveu de leur Bouddha… Ben oui, une pancarte stipule clairement à l’entrée du périmètre d’accès : « Baramines et femmes interdites !!! ». Là où les pancartes « Chiens et juifs interdits » étaient du pur racisme pendant la seconde guerre mondiale, je dois avouer que je plussois à cent pour cent avec celle-ci. Premièrement, les femmes sont maladroites ; pas la peine de revenir là-dessus, je m’en suis fait livrer trois à domicile et en subit les conséquences chaque jour de ma vie… Quant aux baramines, après réflexion, ça se comprend aussi… Ben oui, imagine un gars se pointant par hasard dans le secteur avec sa petite baramine. Bon, ça ne doit pas arriver si couramment mais admettons… Partant de cette probabilité peu probable, si, toujours par le plus grand des hasards, ce même type venait à trébucher et plantait sa baramine pile poil sous le rocher, ce ne serait pas de bol, vas-tu me dire… La chauve-souris géante de Bigard est bien arrivée jusqu’à l’appartement, elle ? Donc pourquoi le gars ne pourrait-il pas avoir un mauvais réflexe en soulevant la baramine ?… Et là…Pouf ! Deuil national pendant vingt-cinq ans !... Y’a pas à dire, ils sont quand même prévoyants ces birmans !

 

Bon, trêve de boutade…, jusqu’à ce qu’on me prouve le contraire, je ne suis pas de la gente féminine, j’ai bien dissimulé ma baramine,... Donc le Rocher d’Or, je l’approche ! Le Rocher d’Or, je lui renifle l’arrière-train ! Le Rocher d’Or, je le touche !... Et comme n'importe quel sale mioche à qui tu dis qu'un rocher tient en équilibre comme par magie, ben le Rocher d’Or, j'essaie de le pousser pour voir s'il tient si bien que ça… Ouf, aucune lapidation d’organisée sur la place publique pour aujourd’hui ! Tu peux donc en déduire que le caillou magique est resté stoïque, droit comme un i sans sourciller… Bizarre bizarre quand même car on a vraiment l’impression qu’une simple brise Airwick suffirait à le faire tomber. Non, ne te ridiculise pas en me reparlant toi aussi de cette histoire de cheveux de Bouddha s’il te plait !... Bref, après avoir profité du rocher, profitons maintenant de l’ambiance qui l’entoure. Déjà, sache que c’est jaune de monde ! Ben oui, quatre petits européens pour deux mille birmans… Rappelle-toi ce que je t’ai dit en début de journée : les touristes étrangers boudent le Rocher d’Or et je peux d’ores et déjà te dire qu’ils ont tort ! Moi, le Rocher d’Or, j’adore !!! Ensuite, il faut aussi savoir que le rocher n’est pas the star of the day. Les birmans étant attirés par tout ce qui est en or, ils adulent leur rocher, mais également mes filles et leurs cheveux d’or… S’organise une nouvelle fois une séance photos où les gens font la queue pour se faire tirer le portrait avec elles, avec accessoirement un rocher en toile de fond… Pfff… Notre routine birmane quotidienne, quoi !… Pendant ce temps-là, moi, j’en profite pour déambuler parmi la foule dans ce Lourdes birman, profitant de scènes de famille, de moments de recueillement et de prières,… Les gens me regardent et doivent se poser tout un tas de questions à mon sujet : Qu'est-ce qu'il a à sourire tout le temps ? Qu'est-ce que c'est qu’ces cheveux jaunes qui lui poussent sur le visage ? Est-ce qu'il fait d’la muscu' ou est-ce qu'il est naturellement balaise ?...

Un rocher Suchard ?
Un rocher Suchard ?
Un rocher Suchard ?

Allez, il est l’heure de tourner les talons au rocher ! Non pas qu’on s’ennuie, mais on doit redescendre à Kinpun pour y trouver un moyen de transport pour aller encore plus vers le sud. Et puis faut dire aussi qu’ici, c’est nudisme obligatoire au niveau des pieds et que le marbre blanc de l’esplanade commence à nous carboniser nos petites voûtes plantaires… Une dernière photo du rocher et on reprend le chemin du retour… seulement une heure plus tard pour cause d’embuscade ! En France, les embuscades se caractérisent plutôt par des apéros « romanesques voisinaux »… Ici, c’est une partie de foot improvisée avec Zidane, Ronaldo, Messi et Maradona, quatre petits birmans qui me font suer à grosses gouttes… et qui me procurent par la même occasion une bonne dose de bonheur qu’un non baroudeur ne peut pas comprendre…

Un rocher Suchard ?
Un rocher Suchard ?
Un rocher Suchard ?

Allez, il est vraiment l’heure de tourner les talons au rocher ! Non pas qu’on s’ennuie, mais là, ça urge de redescendre à Kinpun pour y trouver un moyen de transport pour aller encore plus vers le sud. Quelques samoussas à se damner en descendant, une nouvelle demi-heure de tape-cul pas agréable du tout, et nous revoilà à Kinpun où on nous annonce que le prochain bus pour Hpa-Anh ne partira que demain matin… Aïe… Dans les malheurs de Sophie, nous ne sommes pas seuls ! Deux français sont dans le même cas que nous. Du coup, la solution nous saute rapidement aux yeux : on va négocier un taxi pour tous les six… finalement obtenu pour cinquante mille kyats. La suite, deux nouvelles longues heures de route avec en revanche, un paysage somptueux. Bonne surprise, car je m'attendais à une route chiante comme la pluie au mois de novembre… : Traversée de la ville de Thaton qui m’apparaît bien sympathique, végétation bien verdoyante, et apparition des premiers pics karstiques émergeant au milieu des rizières. C’est en les voyant que nous savons que nous touchons enfin au but final de notre journée marathon : la petite ville de Hpa-An.

 

Ici, pas de réservation d’hôtel. Juste un nom gribouillé sur mon carnet de route : Golden Sky. Bon, une fois l’établissement visité, je dois avouer que ce n’est ni le Carlton de Lille, ni le Sofitel de New-York,… Mais faut dire que comme je ne suis pas DSK, ça devrait faire l’affaire ! Ah, Sandrine ne partage apparemment pas du tout cet avis et fait valoir son droit de maugréer dont la définition du Petit Larousse colle parfaitement à la situation : Maugréer, verbe du premier groupe. Action de manifester une très mauvaise humeur en grommelant à mi-voix que l’hôtel dans lequel on vient de s’installer ne correspond pas au standing attendu par une gente dame… Allez, mettons ça sur le compte de la fatigue… A moins que ce ne soit dû aux toiles d’araignées dans les coins, aux rideaux délavés, aux glouglous de la tuyauterie, aux néons clignotants au plafond, aux barreaux aux fenêtres,… Non, là, je ne sais vraiment pas pourquoi elle réagit comme ça !?! Mais bon, à force de voir la chambre durant ces trois prochains jours, je suis sûr qu’elle va l’adorer… Elle m’a bien aimé, moi ! Donc tout est possible ! Pour ton info logistico-hôtelière, la ville de Hpa-An étant un peu excentrée, elle n’est pas une destination prisée par les tour-operators. Du coup, l’offre en hôtels reste très limitée dans le coin…

 

Bon, la mauvaise humeur légendaire de Sandrine s’atténue heureusement un peu lorsque nous montons sur la terrasse de l’hôtel d’où on jouit d’une magnifique vue. Je la laisse d’ailleurs ici échanger avec un gentil couple de petits suisses. Ça va lui remettre le ciboulot à l’endroit d’échanger en français avec quelqu’un d’autre que moi. Dans l’histoire, elle y gagne une soi-disant super géniale adresse de resto alias the place to be à Hpa-An... Bon, on connait tous Sandrine les bons tuyaux, donc je ne dirai rien sauf que le terme « resto » n’est pour moi pas très approprié. Je dirais plutôt un empêcheur de crever de faim… Disons simplement que les bouts de gras en sauce qu’on nous y a servis n’étaient pas ma tasse de thé. J’en profite donc pour ne pas te donner en exclusivité cette adresse pour être sûr que tu n’y ailles pas par curiosité… Bon, ben voilà, ça y est, c’est l’heure tant attendue par Sandrine… L’heure d’aller se confiner dans son nid douillet dont elle te donnera des nouvelles à coup sûr demain ! De toute façon, demain est une autre aventure…

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26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 22:38

Ami lecteur, amie lectrice, je me permets humblement d’attirer ton attention sur cette journée spéciale. Spéciale dans le sens où ce n’est pas Franck qui écrit… Et Polichinelle pourra aller se rhabiller, le secret de mon identitié ne sera pas dévoilé… Considère simplement que cette journée de vadrouille te sera contée par quelqu’un d’autre, souhaitant s’exprimer sous couvert de l’anonymat… Pourquoi voler la jolie plume de Franck tout spécialement aujourd’hui ?... Tout simplement parce que la journée d’hier a été la goutte d’eau gazeuse qui a fait débordé le mojito ! Oui, cela m’attriste au plus profond de ma chair de t’entendre glousser derrière ton poste à la lecture des mésaventures de cette pauvre Sandrine. Oui, elle est tombée dans un fossé en vélo ! Et alors ?!?… Je voudrais bien t’y voir, toi, à sa place, emmenée sous la contrainte à l’autre bout de la planète par un forcené de la vadrouille !!! Comment ? Tu échangerais bien volontiers ta place contre la sienne ? Risquer ta vie chaque journée passée dans ces contrées lointaines et dangereuses ?... Si tu penses qu’un soupçon d’exagération s’est malencontreusement glissé dans mes propos, écoute bien attentivement ma version des faits de ce qui va certainement encore se passer lors de cette nouvelle journée et je mets ta main à couper que tu verras les choses bien différemment, ok ?…

 

Alors on commence notre histoire de bon matin avec une Sandrine toute trépignente… Non, ce n’est pas à l’idée de voir Sophie Davant présentée le téléshopping. C’est juste qu’elle a hâte d’aller s’ingurgiter les fameuses crêpes au Nutella servies à chacun des petit-déjeuners de son hôtel. Oui, le petit-déjeuner, c’est important ! Dans Cosmopolitain du mois dernier, ils disent que si tu ne prends pas un bon petit-déjeuner en te levant, tu as une chance sur deux de passer une mauvaise journée… Du coup, Sandrine met un maximum de chances de son côté et profite du meilleur moment de sa journée vu que le petit-déjeuner de l’hôtel Aquarius est très bon et très copieux. D’ailleurs, cet étourdi de Franck n’en a pas beaucoup parlé depuis leur arrivée sur les bords du lac Inle, mais je peux te dire que Sandrine te recommande chaudement cet hôtel, surtout après que les employés lui aient offert quelques petits cadeaux en souvenir lors de leur départ… « Snif snif »… Non, ce n’est pas un des trois petits cochons mais plutôt le sentiment de Sandrine au moment de quitter définitivement ce cocon douillet en ayant dans un coin de la tête la torture que l’autre mazo prévoit de lui infliger ce soir : Une nuit complète à passer dans un bus birman certainement agrémenté d’un karaoké en guise de comptine pour s’endormir… Alors, toujours envie de postuler pour une nouvelle émission de « Vis ma vie » ?...

 

En attendant, si tu te remémores bien la désastreuse journée de Sandrine d’hier, Franck a négocié une voiture avec chauffeur pour la journée d’aujourd’hui. Par contre, cette tête de linotte a oublié de te dire pourquoi ! Il s’est bien caché de te dire qu’il avait unilatéralement décidé d’emmener sa famille à Aungban ! Non, mais tu te rends compte ? A Aungban ! Jamais entendu parler de ce patelin mais rien que le nom me file la chair de caille !... D’après ce qu’en dit Franck, il s’agirait d’une petite ville perdue à environ une heure de Nyaungshwe où il s’y pratique des rituels bizarres. Des gens des montagnes y vendraient leur production à d’autres venues tout spécialement pour leur acheter. Tu vois, des rituels bizarres que j’te disais ! Encore une fois, il emmène sa femme et ses deux filles sans défense dans un endroit loin de tout vraiment bizarre bizarre vous avez dit bizarre, où même le dénommé Jacques Pradel serait incapable de retrouver leur trace ! Et le plus pire de tout, c’est que le Franck, ça ne l’effraie même pas ! Je n’sais pas d’où il tient cette passion pour l’aventure… De son père ?... Euuuuuh, non… Allez, la suite !

 

Bref, tout ça pour te dire que les quatre membres des 2be3 prennent place dans la petite voiture grise du chauffeur d’hier qui bizarrement, ne parle plus un mot d’anglais, a perdu vingt centimètres et pris trente kilos…La théorie de l’évolution, ça doit être ça… Et c’est parti pour une heure de route ! Sauf que sur leur route, oui, il y a eu des soucis, de l’aventure du mouv’, oui, une vie de roots… Déjà, un peu comme un train de la SNCF qui s’arrête sans raison cinq minutes après le départ, la fameuse voiture grise s’immobilise sur le bas-côté alors que la pancarte de sortie de Nyangshwe n’a pas encore été franchie. Un esprit civilisé penserait de premier abord à une panne technique ou encore à une pause pipi de dernière minute… Que nenni ! Le soi-disant taxi privatisé s’arrête pour prendre un passager mystère pas claustro. Mystère car personne ne sais qui il est… Et pas claustro car comme il n’y a plus de place sur les sièges du véhicule, le type s’installe… dans le coffre !!! Oui, oui, dans le coffre ! Tu ne comprends rien à ce qui se passe ? Normal, Franck et Sandrine non plus !… Après ça, moins trois, moins un, moins six, moins trois, moins trois, moins six, moins un,… Contrairement à ce que tu crois, ce n’est pas une soustraction que Franck inflige à ses pauvres petites pour passer le temps en voiture... Ce sont les points de permis que le chauffeur est en train de semer le long de la route lorsque j’énumère toutes les infractions qu’il commet rien que sur une vingtaine de kilomètres. Pas de clignotant lorsqu’il tourne. Dépassement de la ligne continue sans visibilité. Pas de ceinture. Téléphone au volant. Excès de vitesse. Dépassement par la droite. Et je ne te parle même pas du gars pas claustro toujours enfermé dans le coffre !... C’est sûr, ce chauffeur-là a un nombre de vies illimité comme dans un jeu-vidéo pour être encore de notre monde… En tout cas, une fois de plus, te rends-tu un peu plus compte des conditions dans lesquelles Franck fait voyager sa famille ?... Ce qui est sûr, c’est que Sandrine serre tellement les fesses que le gars dans le coffre aurait maintenant largement assez de place pour s’installer sur la banquette arrière !...

 

Et au bout de trente kilomètres, comme le nez au milieu de la route, arrive ce qui devait arriver : Un barrage de la maréchaussée locale qui arrête une voiture sur dix. Et vues les infractions commises, peu de chances que notre chauffeur passe à travers les mailles du filet de bœuf… Bien vu Sherlock ! « Sur le bas-côté mon bon monsieur !... » « Chouette, une nouvelle anecdote de voyage ! » aurais-tu pu lire si Franck t’avais raconté l’histoire… Moi, ce que je vois, c’est qu’une bonne mère de famille risque d’aller en prison pour s’être mariée avec un inconscient !... Bilan ?... Et bien en France, là où le flic t’aurait détroussé avec un air sadique de quatre-vingt-dix euros pour t’avoir flashé à cinquante et un à l’heure au lieu de cinquante, ben en Birmanie, le gentil Cruchot ne stoppe ton véhicule que pour voir d’un peu plus près les deux ‘tites miss couettes assises à l’arrière ! Bref, sur la liste « Rencontre avec la police du troisième type », Franck est content, il peut noter « Check » ! Quant à ma pauvre Sandrine, sa torture peut reprendre…

La vengeance d’une blonde
La vengeance d’une blonde
La vengeance d’une blonde

Bon, recentrons-nous sur l’activité récré A2 du jour que Franck a planifiée : Le marché d’Aungban ! Pour commencer, et c’est important de le souligner tellement c’est rare, il n’a pas menti : Aungban, c’est paumé ! Et sur le marché d’Aungban, il n’y a que quatre têtes blondes parmi les birmans ! Des étales au sol à perte de vue… Des légumes, des fruits, des poissons, de la viande,… Pas une boutique de babioles à touristes à l’horizon ! Des sourires, des couleurs, des photos, des tentatives de communication,… Le souçaille, c’est que là où Franck en prend plein les mirettes, Sandrine se sent comme un dromadaire sur la banquise venu espionner les manchots. Ce n’est vraiment pas sa cup of tea. Bon, c’est un fait, mais où est le caractère dangereux de cette excursion, vas-tu me dire ?... Ben justement, les bisounours ganbaderaient tout nus dans la verte campagne si Franck, alias Eli le kakou, ne s’essayait pas au goutage de denrées alimentaires peu ragoutantes et inconnues du répertoire de Philippe Etchebest himself… Ses filles, ses parents, ses amis, ses collègues, et même toi : Peut-être tente-t-il d’impressionner tout son p’tit monde avec son goût prononcé pour l’aventure… Mais son petit manège ne fonctionne pas sur moi ! Ni sur Sandrine qui, comme son estomac commence à avoir le mal du pays, cède volontiers sa place à la cantine… De toute manière, elle préfére se creuser la tête pour savoir pourquoi certains gars du cru se baladent avec un casque nazi greffé sur la tête en guise de casque de moto, croix gammée bien en évidence sur le côté… Renseignement pris auprès de Maître Capello, cela serait dû au fait que le dictateur en place ces dernières décennies avait une adminiration certaine pour un dénommé Adolf Hitler… Et comme il n’y eut ni communication entrante, ni communication sortante avec les autres citoyens terriens pendant très longtemps, et bien les birmans en sont restés à ce que leur gentil dictateur leur racontait comme histoire, le soir au coin du feu. En d’autres termes, les nazis sont des gens bien sous tous rapports, et leur chef, un exemple à suivre… Ça te donne une idée de la dictature en question…

La vengeance d’une blonde
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La vengeance d’une blonde
La vengeance d’une blonde
La vengeance d’une blonde
La vengeance d’une blonde

Bon, tu l’as compris, Franck s’est goinfré de dépaysement sur ce marché, là où Sandrine s’est sentie comme une godasse dans une bouse de vache. Traduction, elle se demande encore ce qu’elle est venue faire ici, considérant qu’un marché, c’est un marché, et qu’il n’y a pas de quoi vermifuger un abribus… Allez, chauffeur, emmenez-les au bout de la terre, emmenez-les au pays des merveilles,… Tout ça pour te dire que le chauffeur emmène maintenant notre troupe de joyeux lurons vers une grotte qui me laisse dire que le boudisme est aux antipodes de l’islam. Là où Charlie hebdo s’est fait « punir » pour quelques représentations du prophète Mahommet, imagine ce que diraient les musulmans s’ils tombaient sur une grotte où sont entreposées et vénérées quelques neuf-mille statuts de leur prophète… Heureusement, ce ne sont pas des statuts de Mahomet que les bouddistes vénèrent, mais bien des statuts de Bouddhas. Et toute cette démonstration dégoulinante de dévotion, ça se passe dans la grotte Shwe Oo Min à Pindaya ! Pindaya qui, pour ta gouverne, veut dire « J'ai tué l'araignée ». Non pas que ce soit important de le savoir car compliqué à replacer lors d’une conversation mondaine, mais je te le dis car ça fait référence à une légende locale dans laquelle sept sœurs fées, alias les sœurs Halliwell birmanes, auraient visité une grotte dans laquelle elles auraient été effrayées par une araignée géante qui en bouchait la sortie. Oui, un peu comme la sardine à Marseille… Bref… Un prince sur son destrier la tua, libéra les jeunes donzelles et se rémunéra en épousant la plus jeune ! Musique, château Disney en fondu arrière, feu d’artifice pétaradant, générique de fin, quelle belle histoire !… Bref, en quelques mots, voilà la raison pour laquelle les birmans fans de contes de fées vénèrent cette grotte depuis Bouddha seul sait quand…  Bon, je te raconte l’histoire pour faire passer le temps de route, mais ils ne sont pas encore arrivés. Là, ils sont en train de se sustenter dans une gargote en bord de route, imposée par leur chauffeur ! Menu en birman, repas birman servi par des birmans ne parlant que le birman, toilettes birmans,… De l’authentique jusqu’au moment de l’addition, bizarrement plus en adéquation avec la France ! Maintenant que j’y pense, le « imposée par le chauffeur » n’est peut-être pas un hasard…

La vengeance d’une blonde
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Bref, ça y est, quelques tours de roue de plus et les voilà à bon port. Ça, c’est ce que cet arracheur de dents de Franck a dit à Sandrine… Sauf qu’il a un p’tit peu omis un détail de quelques trois cents marches pour accéder à la fameuse grotte. Bon, je suis mauvaise langue car Sandrine et les filles, après le trek d’il y a quelques jours, nous avalent ça rapidement, et même avec le sourire malgré  les trois mille kyats à payer en haut en plus des deux mille payés en bas… C’est donc rapidement qu’ils se retrouvent perdus dans ce musée Grévin dédié à Bouddah… Deux cents mètres de galeries couvertes de Bouddhas accumulés au fil du temps et entreposées pour certaines dans des endroits peu accessibles. Des grandes, des couchées, des en or, des assises, des belles, des en bois, des grosses, des moches,… Et ce n’est pas fini ! Ben oui, les gens en ajoutent tous les jours… Si bien que si tu lis mon carnet plusieurs jours, plusieurs mois, voire même plusieurs années après que la franky family a laissé son emprunte indélébile ici, peut-être que le chiffre de neuf mille statuts annoncé n’est plus d’actualité… En tout cas, cet endroit mérite sa place au Louvre, tout juste à côté de la Joconde tellement c’est impressionant. Il mérite aussi de figurer dans le top dix des meilleurs sites pour organiser les championnats du monde de cache-cache tellement c’est labyrinthique. Tu viens ici avec tes deux enfants et ta femme,… et tu repars ni vu ni connu en célibataire ! Mais je dois souligner que malgré tous ses défauts, ce n’est pas le genre de Franck puisque personne ne manque à l’appel lorsque la petite voiture grise reprend la route pour revenir sur ses pas pour laisser tout son p’tit monde à l’arrêt de bus d’Aungban !

La vengeance d’une blonde
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La vengeance d’une blonde
La vengeance d’une blonde
La vengeance d’une blonde
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Et c’est donc après une heure de route supplémentaire que la délivrance survient. Délivrance pour Sandrine qui n’aura plus à subir la conduite de sagouin de Sami Naceri, mais surtout délivrance pour le pauvre type toujours cloîtré dans son coffre qui va enfin pouvoir jouer à « qui va à la chasse perd sa place » sans qu’un « qui va à la pêche la repêche » ne tienne… Car nos aventuriers sont maintenant lâchement abandonnés à l’arrêt de bus d’Aungban où l’objectif trépidant des deux prochaines heures de nos aventuriers consiste à attendre le bus de nuit qui va les emmener vers de nouvelles dangereuses aventures dans le sud du pays… Sauf qu’à l’école, on m’a enseigné le passé simple mais rien sur le futur compliqué. Car dit comme ça, prendre un bus devant le Cherry restaurant vers dix-huit heures paraît hyper simple. Sauf que prendre un bus devant le Cherry restaurant vers dix-huit heures en Birmanie, c’est beaucoup plus compliqué. Dix-huit heures dix… Dix-huit heures vingt… Dix-huit heures trente… Rien… Franck va alors à la pêche aux infos :

 

« Bago, Bago ! Le bus pour Bago, il passe bien ici ?

- Non ! A la station des bus derrière le restaurant ! »

Aïe… Vite, tout le monde au pas de course jusque dans l’arrière-cour du restaurant, tout le barda sur le dos…

« Bago, Bago ! Le bus pour Bago, il n’est pas encore parti ?

- Vous n’êtes pas au bon endroit ! Le bus pour Bago s’arrête juste une minute devant le restaurant ! »

Aïe… Vite, tout le monde au pas de course pour retourner devant le restaurant, tout le barda sur le dos…

« Le bus pour Bago, il s’arrête devant le restaurant ou dans la station des bus dans l’arrière-cour ?

- Le bus pour Bago, je crois qu’il est déjà passé il y a plus d’une demi-heure… »

 

Bref, Franck court. Il court, il court le furet, dans tous les sens, interrogeant tout ce qui ressemble à un birman, interceptant tout ce qui s’apparente de près ou de loin à un bus, se démenant comme un beau diable pour éviter une mésaventure à sa famille… Je le regarde courir à droite, à gauche, devant, derrière,… Et son instinct protectionniste paie puisqu’après dix minutes d’efforts intenses, il appelle fièrement tout son petit monde : « Bus pour Bago ! » Du coup, cinq minutes plus tard, toute la famille s’installe dans le bus, gentiment accueillie par un Dominique Farrugia birman en train de vomir. Ça promet pour les douze heures de route de montagne et de calvaire qui s’annoncent… Mais là, non ! Tu ne vas pas m’entendre faire ma rabat-joie à accabler Franck. Oui, je suis même prête à faire amende honorable… Ce dernier épisode m’a fait comprendre une chose : Oui, les conditions de voyage que Franck inflige à ses femmes doivent être difficiles à vivre. Mais j’ai compris qu’il faisait ça pour vivre des moments intenses de voyage, de découverte et d’aventures avec ses trois femmes. Que de moments inoubliables de vadrouilles passés en famille ! Que d’expériences synonymes de renforcement des liens qui les unissent !… J’ai compris… Je l’ai compris… Et je sais maintenant que je laisse Sandrine, Anna et Sasha entre de bonnes mains pour la suite des aventures, à commencer par demain. Mais comme dirait l’autre, demain est une autre aventure…

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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 06:53

Vu qu’aujourd’hui, c’est le demain d’hier et qu’hier, je te disais que demain serait une autre aventure, ça signifie que cette nouvelle aventure, elle a lieu maintenant ! Et comme nous sommes dans le futur d’hier, il faut prendre en considération que le futur n’est pas la continuité du présent, c’est quelque chose de nouveau. Ce que je veux te dire par là sans trop t’embrouiller, c’est que les jours se suivent mais ne se ressemblent pas. Par exemple, hier, nous avons visité le lac Inle, c’est juste ? Ben aujourd’hui, c’est pareil, nous allons aussi visiter ce même lac Inle, mais d’une façon diamétralement opposée... Après avoir découvert le lac Inlé en mode classique à bord d’une barque à moteur, je te propose aujourd’hui un programme très en vogue : Toucher du bout d’un pneu de bicyclette la campagne environnante ! Moi, Franck le vadrouilleur, je me lance en effet officiellement le défi de faire le tour complet du lac en vélo ! Pour cela, après une nuit reposante où on a tout de même constaté que les cloisons de notre chambre pourraient si besoin nous servir de papier à rouler, il nous faut maintenant nous lancer dans la quête de ce début de matinée : Location de deux vélos avec, au mieux, sièges enfants ; au pire, porte-bagages et cale-pieds. Premier loueur de vélos : « Désolé, on n’a pas ça en stock ! ». Deuxième loueur : « Allez voir chez le loueur un peu plus loin ! ». Troisième loueur : « Je ne pense pas que vous trouverez ça à Nyangshwe… ». Quatrième loueur : « Je crois qu’ils en louent dans la première rue à droite ! ». Cinquième… Sixième… Septième… Huitième… Bref, tu l’as compris, la légende locale dit que les esprits maléfiques du village pa-o de Pattopauk sont venus jusqu’à Nyangshwe pour kidnapper tous les vélos avec porte-bagages ! Du coup, il me vient une fulgurance intellectuelle de derrière les cheveux ! Pourquoi ne lourrai-je pas un rickshaw-vélo à un birman dans la rue ? Pour ton information, un rickshaw-vélo est une sorte de side-car version vélo. On trouve de nombreux chauffeurs de ces engins qui peuvent emmener deux personnes n’importe où dans les rues de Nyangshwe. Le taxi local, en quelques sortes… Mais moi, je ne veux pas de chauffeur ! Je veux justement en virer un de sa selle pour ma consommation personnelle !... Le premier intercepté ne pige rien à ma demande… Chez le second, certainement plus intelligent… ou feignant, ça fait tilt tout de suite sous son cuir-chevelu ! Il comprend en effet hyper rapidement que je suis en train de lui proposer un bon d’exemption de pédalage pour la journée tout en étant rémunéré. Commerce équitable ! On se sert rapidement la pince pour cinq mille kyats et je suis donc en mesure de t’annoncer que je teste pour toi, en exclusivité, le vélo pousse-pousse autour du lac Inle… Bon, alors, comment te dire... Avec un soupçon de recul, soit environ trente secondes et demie, je dirais plutôt que c'est le vélo pousse-pousse autour du lac Inle qui est en train de me tester… Ce machin-truc est le résultat d’un croisement entre un vélo et un char d’assaut ! Il pèse au moins une tonne cinq, à cinquante kilos près ! Ajoute à cela le fait qu’il n’y a pas de frein, que la nacelle où sont les filles empêche toute envie de changement de direction, qu’il fait un petit quarante mille degrés à l’ombre et tu obtiens mon engin de torture pour la journée !... On a beau s’appeler Franck Onpartenvadrouille et être coutumier des moyens de transport en tous genres, il arrive que l’on tombe sur un os à moelle une fois la bête enfourchée. C’est précisément ce qui est en train de m’arriver… Je grimace tellement à chaque coup de pédale que les gens sur mon passage n’en croient pas leurs yeux ! Grichka Bogdanov sur un rickshaw-vélo en Birmanie !!! Concrètement, j’en chie des noix de coco…

Bycicle ! I want to ride my bycicle !

Ma p’tite Sandrine, quant à elle, pédale sans effort sur son VTC, vélo tout confort, des papillons virevoltant autour d’elle, des lapins lui faisant signe sur son passage…, elle est bien… Et moi, pendant c’temps-là, j’tournais la manivelle, et moi, pendant c’temps-là, je n’avançais qu’au pas… « Euuuuh… Franck, t’as remarqué que plus tu pédales moins fort et moins tu avances plus vite ? Je te reprends si tu veux… » Sandrine la bonne samaritaine… Elle n’a pas le temps de terminer sa phrase que j’ai déjà fait l’échange standard… « Monsieur l’arbitre ! Changement !!! » Bon, pour compenser sa moins-value dans la transaction et surtout éviter qu’elle ne mette fin prématurément à sa période d’essai, moi, gentleman malfaiteur, je me positionne à ses côtés pour pouvoir l’aider en la poussant dans le dos tout en roulant. Le problème, c’est que je ne maîtrise pas ma force et qu’elle n’a pas pris le temps de lire les quelques lignes précédentes. Contrairement à toi, elle n’est donc pas au courant que ma machine de guerre n’a ni frein, ni direction assistée, ni airbag, ni… « Sandriiiiiine, j’ai oublié de te dire !!!… » Trop tard ! Un peu comme en cours de chimie au collège, tu mélanges quelques ingrédients au hasard et ça te pète au nez : Trois coups de pédale, ça va… Trois coups de pédales et une poussette dans le dos, ça va toujours… Trois coups de pédale, une poussette dans le dos, un virage, les ennuis commencent… … Trois coups de pédale, une poussette dans le dos, un virage et une blonde au volant et paf le chien, direction le fossé !!! « Tourne, tourne, tourne !!! » Mais sur sa lancée, le Titanic ne tourne pas… « Freine, freine, freine !!! » Mais sur sa lancée, le Titanic ne freine pas… Pincemu, Pincemi et Pincemoi sont sur un rickshaw-vélo. Le rickshaw-vélo tombe à l’eau. Qui reste au sec ?... Personne !… Crack boum huuuu !!! Dans l’eau, l’rickshaw-vélo !
« Sanka, t’es mort ? 
- Yeah man ! »
Bilan des courses : Ouf, seules quelques égratignures sont à déplorer. Ouf, le fossé, bien que profond, ne contient pas plus de trente centimètres d’eau. Ouf, notre robuste vélocipède n’a pas bronché d’un rayon lors de l’impact. Mince, mes femmes n’ont malheusement pas hérité d’une extinction traumatique de la voix dans l’accident…  Sandrine m’en veut à mort de l’avoir poussée et le fait savoir haut et fort, Sasha est en pleurs de peur et se fait entendre, Anna en veut à Sandrine de ne pas avoir réussi à tourner et ça déménage. Quant à moi, je ne peux m’empêcher de me marrer devant ce tableau mémorable de mes trois blondes se dépatouillant dans la boue pour se désincarcérer de leur monture diabolique… Du coup, tout ce ramdam attire la moitié de la ville qui s’empresse gentiment de venir nous filer un coup de main pour sortir tout mon p’tit monde embourbé dans la bouillasse… « Merci les amis ! »

 

Bon, comme c’est en forgeant qu’on devient forgeron, et comme ma grosse Bertha misogyne a voulu se suicider lorsqu’une femme a tenté de l’apprivoiser, ben c’est moi qui me remets aux manettes. Les cinq cents premiers mètres me mettent une nouvelle fois les cuisses en feu et le front en eau. Et après ces cinq cents mètres ?... Ben sache que c’est la libération de Paris ! Non, je ne suis pas en descente ! Non, je n’ai pas découvert de moteur caché dans le cadre du vélo ! Et non, je n’ai pas ingurgité un échantillon d’urine de Lance Amstrong ! C’est juste qu’un pléonasme, alias un birman sympa et compatissant, m’a stopé en bord de route pour m’emmener dans sa boutique afin d’y regonfler les pneus de mon bolide. Et comme par magie, ça roule bien mieux ! Je ne me suis pas transformé en le fils caché de Jannie Longo et Miguel Indurain, mais disons que maintenant, pour le même effort fourni, j’avance un peu plus vite ! Faut dire aussi que ma p’tite Sasha, assise juste à côté de moi, appuie sur ma cuisse gauche à chaque tour de pédale pour m’aider. « Merci ma chéwie ! » En tout cas, le moins que l’on puisse dire, c’est que nous ne passons pas inaperçu ! Sur le bord de la route, mes supporters birmans hilares m’encouragent en me voyant arriver à bicycleeeetteeee… Y avait Fernand, y avait Firmin, y avait Francis et Sébastien, et puis Paulette… Bon, j’oublie aussi Tang, Wong et Bing ! Bref, ils n’ont pas l’air habitué à ce qu’une famille de coton-tiges vienne jusqu’ici sur un engin pareil ! Et oui, c'est en faisant n'importe quoi qu'on devient n'importe qui !!!

Bycicle ! I want to ride my bycicle !
Bycicle ! I want to ride my bycicle !

Allez ! Roulez jeunesse ! On avance comme ça tant bien que mal jusqu’à Maing Tauk, petite bourgade posée sur pilotis où pour certains, rien de spécial n’est à voire ou à faire. Et pourtant… Grand bien nous a pris de nous arrêter à Maing Tauk ! Déjà, je suis accueilli à mon arrivée comme le vainqueur du Tour de France du lac Inle. On me prend en photos par-ci, on me félicite d’être venu jusqu’ici sur cet engin par-là… Ensuite, c’est calme, c’est beau, et comble du touriste, nous sommes les seuls blancs au milieu du peuple de l’eau... « Papa, maman, rassurez-vous, ils ne devraient pas nous manger »…

 

Une longue passerelle photogénique permet de rallier le village depuis la terre ferme. Après avoir garé nos vélos, nous l’empruntons donc jusqu’à son extrémité qui donne… sur l’eau. Cul-de-sac ! Sauf que, tel le père Noël sur son traineau, un gars se pointe sur sa pirogue et nous propose de venir manger dans son restaurant situé juste en face. Cool, j’avais l’intention de manger ici ! En plus, une fois notre choix fait sur la carte, il nous soumet l’idée d’une balade en pirogue dans le village avec sa fille pendant que sa mère nous prépare le repas… Cool, j’avais l’intention de faire une balade en pirogue ici !... En tout cas, tu sens les gens qui ont potassé « Le marketing pour les nuls » !!! Bref, après le vélo bizarroïde, nous voilà partis sur une toute petite pirogue pilotée par un p’tit bout d’femme se tenant sur une jambe pour ramer avec l’autre afin de nous faire avancer lentement sur les touts petits canaux qui sillonnent le village… Rien de mieux pour approcher au plus près les villageois et leur mode de vie séculaire sans pour autant interférer sur le déroulement de leur journée, ni altérer le fragile environnement dans lequel nous évoluons… Là, tu le sens le mec élevé au rythme des émissions de Nicolas Hulot, non ? On croise le facteur, on salue l’instituteur en passant devant l’école, on admire les femmes s’activant dans leurs tâches ménagères quotidiennes,… on touche du doigt la vraie vie du lac… Gé-ni-al !

Bycicle ! I want to ride my bycicle !
Bycicle ! I want to ride my bycicle !
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Bycicle ! I want to ride my bycicle !
Bycicle ! I want to ride my bycicle !
Bycicle ! I want to ride my bycicle !
Bycicle ! I want to ride my bycicle !
Bycicle ! I want to ride my bycicle !
Bycicle ! I want to ride my bycicle !

Dans la famille géniale, après la petite-fille, je demande maintenant la grand’mère ! Car ça y est, nous sommes attablés devant notre salade d’avocats, notre poisson grillé farci à la cacahuète et notre Mandalay Beer. Succulent ! L’ensemble rime parfaitement avec le cadre captivant et paisible qui nous entoure. C’est décidé, je veux investir dans l’immobilier à Maing Tauk ! Le village n’est peut-être ni le plus joli, ni le mieux entretenu, mais il y a ici quelque chose qui flotte dans l’air de différent... Un petit supplément d’âme indéfinissable qui fait qu’on kiffe cet endroit. Si bien que deux heures plus tard, sans s’en rendre compte, nous sommes toujours sur la terrasse de notre restaurant à rêvasser, à lire, à discuter, à contempler, à tenter de récupérer la tong que Sasha vient de faire tomber à l’eau, à ne rien faire,... Pour ce qui me concerne, ça valait donc le coup de m’arracher les cuisses. Et ça valait aussi le coup de se vautrer dans la boue pour Sandrine !

Bycicle ! I want to ride my bycicle !
Bycicle ! I want to ride my bycicle !
Bycicle ! I want to ride my bycicle !

Chut, en parlant de mes cuisses, elles ont une question à me poser… « La poursuite de la torture afin d’assouvir un besoin exponentiel d’ailleurs et d’exotisme se justifie-t-il de nos jours ?... Revenir sur ses pas avec la monotonie et la souffrance que cela incombe ne devrait-il pas être prohibé par une personne saine d’esprit ? »… Et oui, mes cuisses auraient pu écrire des sujets de bac philo !… En tout cas, un propriétaire de bateau ayant le don de clairvoyance a lu dans mes yeux que ces questionnements me faisaient activement réfléchir. Il me propose en effet de charger nos bécanes à bord de son bateau et de ramener toute l’équipe saine et sauve à Nyangshwe. Marché conclu ! Tu vois, moi, Franck le vadrouilleur, je m’étais lancé officiellement le défi de faire un quart du tour du lac en vélo aujourd’hui… Défi réussi !!! Si bien qu’on se retrouve une nouvelle fois en balade sur le lac, Sasha, Anna, Sandrine, la grosse Bertha, le VTC et moi, afin d’y faire un dernier coucou aux jardins flottants, un dernier au-revoir aux maisons sur pilotis, un dernier clin d’œil à quelques pêcheurs aussi pêcheurs que je suis dompteur de pingoins... Merci aux inthas et au lac Inle pour toutes ces photos tellement belles qu’elles piquent les yeux ! 

Bycicle ! I want to ride my bycicle !
Bycicle ! I want to ride my bycicle !

Allez, plus que quatre cents mètres… Il ne me reste en effet plus que quatre cents ridicules petits mètres à parcourir dans les rues de Nyangshwe au guidon de mon tank pour en être officiellement délesté… Oui, mais l’animal ne l’entend pas de cette pédale ! Comme un gamin battu qui va retrouver ses parents après un mois de colo, le bougre tente en désespoir de cause un échappatoir en nous jetant avec lui dans le canal, n’acceptant sous aucun prétexte de redresser la trajectoire sur ce fichu chemin en dévers !... Cinq, quatre, trois, deux, un… « Les filles, mettez vos bouées !!! »  Impact ! Heureusement pour nous et ma dignité, l’impact se fait contre un gros poteau de bois planté dans l'eau tout au bord du canal pour sauver les touristes en pareille situation. Plutôt que de plonger la tête la première dans l’eau boueuse, je préfère le heurter violemment et stopper nette cette nouvelle tentative de suicide… Ouf, on l’a échappé belle ! Et pour assurer le coup, c’est décidé, on va finir à pieds, notre machine maléfique en laisse !

Bycicle ! I want to ride my bycicle !
Bycicle ! I want to ride my bycicle !

C’était dans mon top dix des trucs à faire durant notre voyage : « Biker autour du lac Inle » ! Je n’avais pas imaginé une seule seconde que ça allait prendre cette tournure sportivo-cinémato-dramaturgique, mais à dix-sept heures, t-shirts trempés de sueur et culottes trempées de frayeur, on a tout de même pu rayer ça de ma liste en échangeant de larges sourires complices avec le propriétaire de notre fournisseur d’anecdotes pour la journée… Je ne dirai que deux choses : Et de une, je n’ferais pas ça tous les jours ! Et de deux, si tu veux des anecdotes croustillantes lors de ton futur voyage à Nyaunshwe, loue un rickshaw-vélo ! Maintenant, pour combler la fin d’après-midi, un petit tour au marché couvert de la ville pour dire qu’on y est allé, un petit pain au chocolat français dans une boulangerie française tenue par un français, une négociation dans la rue pour une voiture avec chauffeur pour demain, un retrait d’argent pour être en capacité de nourrir nos filles ces prochains jours,…, et il est déjà l’heure de nous rendre au Poppet Show. Le Poppet Show ? Quésaco ?... Le Poppet Show, c’est un spectacle grandiose de marrionnettes birmanes qui a lieu tous les soirs à Nyaunshwe. Bon, je vais rapidement calmer ton subconscient qui s’imagine un son et lumières avec décors démentiels dans une salle immense remplie d’un public en délire ! En arrivant, on découvre une petite pièce où trônent une vingtaine de chaises pour les spectateurs et une petite scène derrière laquelle un drap peint à la main est tendu. Un vieux monsieur nous accueille. Ce même vieux monsieur nous encaisse. C’est toujours ce même vieux monsieur qui nous sert le thé. Encore lui qui nous fait la présentation de l’historique du spectacle. Et enfin, devine qui fait prendre vie à plusieurs de ses marionnettes qu’il a fabriqué lui-même ? Bingo, le même vieux monsieur ! Bon, pour tout te dire, Anna et Sasha ont apprécié l’heure de spectacle qui nous a été proposée. Sandrine et moi,…, on a bien aimé le thé…

Bycicle ! I want to ride my bycicle !

Du coup, à notre tour, désormais, d’avoir notre spectacle ! Et il a lieu dans notre assiette qui nous est servie copieusement comme hier au Sin Yaw ! On ne change pas une équipe qui nous régale !!! Mmmmmmm, c’est bon çaaaaaaaaa ! Définitivement, le Sin Yaw, même si je n’ai pas d’action dans leur business, je recommande lourdement ! Serveurs jeunes et sympas, nourriture délicieuse, dessins de futurs grands artistes français au mur,… A ce propos, si tu y vas, dis-moi si les dessins d’Anna et de Sasha y sont toujours… Des dessins du restaurant et des empruntes de mains. De toute façon, demain est une autre aventure…

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24 février 2015 2 24 /02 /février /2015 15:26

Bélier. Vous serez très actifs et ambitieux aujourd’hui et ça ne vous portera pas chance, calmez-vous ! Pour cela, allez sur Onpartenvadrouille lire un carnet de voyage… Lion : Quelle chance de chanceux ! Aujourd’hui, vous allez visiter un des plus beaux lacs du monde qui va vous émerveiller… Taureau. Le climat froid et particulièrement venteux de cet hiver français vous mine le moral. Vous auriez dû partir en vacances comme les membres de la franky family… Gémeau. Quelle chance de chanceux ! Aujourd’hui, vous allez visiter un des plus beaux lacs du monde qui va vous émerveiller… Sagitaire. Lire les carnets de voyage sur Onpartenvadrouille vous donne des envie d’ailleurs… ou de meurtre. Il faut choisir ! Balance. Quelle chance de chanceux ! Aujourd’hui, vous allez visiter un des plus beaux lacs du monde qui va vous émerveiller… Cancer. Les finances sont au plus bas et l’achat de billets d’avion pour la Birmanie est impensable en l’état actuel des choses. Poisson. Quelle chance de chanceux ! Aujourd’hui, vous allez visiter un des plus beaux lacs du monde qui va vous émerveiller…

 

A l’élection présidentielle des « plus beaux lacs du monde », lac du Loch Ness, lac Titicaca, lac Powell, lac Rimogène, lac Majeur, lac Inle,… se sont présentés. Et aujourd’hui, notre horoscope insinue que nous allons mettre notre petit bulletin dans l’urne. Car le dénommé Thierry Hazard fait bien les choses ! Il paraît en effet qu’un de ces lacs a été repéré à quelques pâtés de cabanes de notre hôtel. « Très chère, et si nous allions jeter une œillade à ce lac ? »... En voilà une idée qu’elle est bonne !!! Après une meilleure nuit que celle d’hier et un super petit-déjeuner pour tout l’équipage, go go go to the lake ! Et qui dit lac, dit eau ! Et qui dit eau dit bateau ! Et qui dit bateau dit batelier ! Et qui dit batelier dit négociation ! Négociation du tarif pour la journée, cela va sans dire, mais ce n’est pas tout… Il faut aussi réussir à imposer au batelier ton itinéraire et les arrêts que tu désires faire. En fait, mets surtout bien l’accent sur ceux que tu ne souhaites surtout pas faire... Et c’est là qu’il ne faut pas te laisser marcher sur les tongs, car la balade qui peut te dégouliner de charme par les oreilles peut rapidement se transformer en une journée shopping-artisano-touristico-déprimante pendant laquelle le batelier va se gaver de commissions en tout genre sur ton dos…

 

Bon, pour trouver un batelier à Nyaungshwe, c’est comme chercher du foin dans une botte de foin ! Contente-toi de marcher de bon matin vers l’embarcadère et déjà, tu vas être sollicité par des rabatteurs. Faut qu’tu craches, faut qu’tu payes, pas possible que t’en réchappes, ils sont les frères qui rapent tous… Donc, passe ton chemin car les prix qu’ils vont t’annoncer sont quoi qu’il arrive plus élevés que ceux pratiqués par les bateliers eux-mêmes, commissions gouleyantes obligent… Trop d’intermédiaires tuent l’intermédiaire ! Ton objectif, c’est donc bien d’arriver à l’embarcadère en évitant les rabateurs, les peaux de bananes et les tortues. Et tu seras récompensé par un tarif plus conforme aux prix du marché. Pour ma part, j’obtiens assez rapidement le tarif que je m’étais fixé, soit dix-huit mille kyats pour la journée complète avec en prime, le meilleur guide, le meilleur bateau, le meilleur niveau d’anglais,… Pour les prestations qu’il me promet à ce prix-là, il me faut maintenant lui imposer la carte au trésor de mon itinéraire que je lui ai imprimée tout spécialement pour l’occasion. Comme je l’avais imaginé, il m’en propose bien évidemment un autre plus à son avantage en prétextant qu’il y a mieux que les endroits que je souhaite visiter. Là, pour l’impressionner, je fronce les sourcils, j’inspire un grand coup et bloque ma respiration jusqu’à en devenir aussi rouge qu’une serviette hygénique usagée. Oui, je sais, c’est sale mais ça marche ! Il capitule en effet très vite et ne tente même pas de dessiner des monstres et autres géants mangeurs d’enfants sur mon itinéraire pour me faire changer d’avis. Bref, on va donc prendre place dans sa pirogue full options : Couleurs vives, sièges en bois, moteur diesel pétaradant à quatre-vingt dix décibels, gilets de sauvetage qui n’ont plus de gilets que le nom, et… emplacement de parking qui va nécessiter d’enjamber cinq autres bateaux pour y accéder. Je laisse bien évidemment l’honneur à Sandrine de traverser ce parcours du combattant la première. Ce n’est pas une question de manque de courage de ma part, mais si jamais elle venait à tomber, son beau sauveteur qui n’est autre que moi serait prêt à se jeter à l’eau pour la sauver. Je m’imagine en train de courir sur la plage, Pamela à mes côtés, cheveux blonds dans le vent, short rouge,… Ouh la, je m’égare…

On nous mène en bateau…

Libérés, délivrés de cette négociation, notre embarcation vogue maintenant sur les flots bleus du lac Inle en direction de Nam Pan où a lieu aujourd’hui le marché des cinq jours. Comme son nom ne l’indique pas forcément, le marché des cinq jours est en fait un marché qui se tient tous les jours dans quatre villages différents des environs du lac Inle. Si tu n’as rien compris, imagine quatre marchés itinérants par jour avec un roulement sur cinq jours dans un secteur d’environ trois cents kilomètre carré, soit vingt marchés en tout… Toujours pas compris ? Bon, retiens surtout que nous allons visiter le marché de Nam Pan, non seulement réputé pour les minorités qui y viennent pour acheter, troquer et vendre, mais également pour son parking. Oui, oui, son parking !!! Là, tu t’imagines le parking du  Carrefour Market de ton patelin, mais rappelle-toi bien que nous sommes au bord d’un lac en Asie du sud-est et que tout le monde se déplace ici soit à pied, soit en pirogue. Et mille pirogues garées au même endroit, ben ça en jette dans les mirettes !!! 

On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…

Concernant les minorités ethniques, outre les inthas du coin, on y trouve surtout des pa-o. Tu te rappelles d’eux ? Ce sont nos amis des montagnes qui ont des serviettes-éponge sur la tête ! Ginette qui troque ses cochons contre des poulets, Josette qui vend ses légumes, Bernadette ses fleurs,… Du très « local » où les quelques touristes comme moi ne font que passer pour s’imprégner de l’ambiance exotique et tenter d’y voler quelques photos… A part bien sûr s’ils souhaitent s’acheter un poulet ou un kilo ou deux de tomates, mais c’est quand même assez rare… A côté de ce secteur, on trouve une zone qui a certainement été rajoutée avec le temps pour contenter le touriste ulcéré par l’envie de dépenser quelques billets pour des bibelots qui au mieux prendront la poussière au retour, ou au pire, termineront sur l’étalage d’un prochain vide-grenier… Bon, pour tout te dire, le marché est assez sympa mais disons qu’en termes de couleurs et d’exotisme, je lui attribue la note « Tu n’tes pas foulé, peux mieux faire ». Au final, c’est surtout le parking de chez Leclerc qui m’a plu...

 

Allez, next, on zappe, étape suivante ! Et celle-ci ne nous emmène pas à Pétaouchnok puisqu’il s’agit de se balader tranquillement dans le village sur pilotis de Nam Pan juste à côté. Et là, je m’éclate comme une knacki dans une casserolle d’eau bouillante ! C’est… comment dire… étonnant, dépaysant, reposant, attirant,… magnifique ! Je me demandais si je ne serais pas un poil déçu d'avoir vu autant de photos de ces villages sur internet en préparant ce voyage... Et bien non, non et re-non ! Le plaisir n'en est que décuplé et le bulletin vient de tomber dans l’urne ! Autant te le dire de suite, mes photos sont certainement très belles, mais c'est de la gnognotte à côté de ce que l'on ressent sur place ! Bim bam boum, coup de cœur direct !!! Ce ciel bleu et ce lac combinés à ces maisons typiques sur pilotis sont vraiment photogéniques. J’adore tout particulièrement les petits escaliers des maisons menant au rez-de-lac et qui servent d’embarcadère, de parking pour la toute nouvelle pirogue Volkswagen familiale, mais aussi de salle de bain, de cuisine pour y faire la vaisselle et de buanderie pour la lessive...

On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…

« Allez, chauffeur, si t’es champion, emmène-nous dans un resto pour un bon repas sans touriste pour digérer tout ça ! »  Bon, il a bouffé la moitié de la commande car le poisson aux grandes dents suintant de lait de coco par les ouïes qu’on nous sert est effectivement très bon, mais il est rempli de touristes… Le resto… Pas le poisson, hein ! Du coup, la bougeotte aigüe nous reprend rapidement et on enchaîne avec le site suivant. Site qui aime se faire désirer puisqu’il nous faut quelques quarante minutes de boucan dans les oreilles pour le rejoindre jusqu’au bout du bout du bout d’un long canal. Le bruit du moteur est tellement fort que je n’entends même pas Sandrine me parler alors qu’elle est assise juste derrière moi… Qui a dit « chanceux » ???... Le site où on se rend est un village, et ce village s’appelle Inthein ! Outre se faire rissoler au soleil pendant le trajet, on profite du laps de temps pour assister à des scènes de vie locales. Femmes lavant leur linge, leur vaisselle, leurs aisselles dans le lac, hommes se baignant ou se désaltérant avec l’eau du canal marronnasse… Oui oui, ils boivent l’eau du canal et les bonnes doses de tourista qui vont avec ! « L’eau du lac, c’est dégueulasse, les poissons baisent dedans ! »  Sans transition après cette petite poésie de Renaud, nous parvenons enfin à Inthein où le cadre est ombragé, animé, agréable,… Mais on vient surtout ici pour la colline d’Inthein prise d’assault par plus de mille stupas la colonisant des pieds à la trogne… Ben oui, le lac Inle, ce sont des maisons sur pilotis, des pêcheurs, des bateaux, des jardins flottants,… Et comme nous sommes en Birmanie, il y a aussi bien évidemment des pagodes et des stupas !!!

On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…

La colline couverte de stupas d’Inthein, elle doit se voir comme le pied au milieu de la figure quand on arrive à Inthein, non ? Et bien sache qu’il n’en est rien ! Car là, présentement, nous galérons un peu, beaucoup, passionnément, à la folie ! Votre honneur, pour notre défense, nous avons été lâchement induits en erreur par un sale mioche qui nous a envoyé dans la mauvaise direction ! Bilan comptable : Deux kilomètres, une demi-heure de perdue, un litre de sueur par personne, trente-cinq degrés… Quand on aime, on ne compte pas !! Mais comme je sais que le feignant que tu es n’aime pas, va simplement à gauche dans le village et tu arriveras au pied de la colline. Non seulement tu conserveras toute ton énergie pour gravir chacune des marches, mais tu seras surtout fin prêt à affronter les huit cent quatre-vingt-douze sollicitations en chemin. Huit cent quatre-vingt-douze, c’est en effet le nombre de boutiques qui se suivent le long du parcours en escaliers visant à te faire acheter tout et n’importe quoi, de la statuette de Bouddha en papier mâché aux cd gravés de Bernard Minet. Oui, oui, n’importe quoi… Bref, des centaines de marches pour arriver à la pagode Shwe Inn Thein qui finalement n’en mérite à peine que trois ou quatre !… Mais pas la peine de faire la grêve de la faim pour ça en arrivant en haut ! Si tu viens jusqu’ici au péril de ta sueur, c’est bien pour l’enchevêtrement des mille cent cinquante-quatre petits stupas blancs, en briques, en or, en chocolat,… qui l’entourent. Nouvelle claque dans la tronche ! Ça faisait longtemps…

 

Comme à mon habitude, lors de mes longues heures de préliminaires, j’avais lu qu’on pouvait surplomber l’ensemble du site depuis une autre colline. Inutile de te dire que j’avais soigneusement noté l’info pour en bénéficier le jour J, le jour où on y serait,… le jour d’aujourd’hui ! Sauf qu’Anna et Sandrine n’ont aucune idée du panorama que j’ai pour ma part déjà contemplé en photo. Du coup, la ligue des feignasses repointe le bout de son pif et c’est seulement avec ma baroudeuse de Sasha, que nous partons à l’assaut de la colline  abandonnée par les stupas, désertée par les boutiques, boudée par les touristes et par Sandrine et Anna... Si bien qu’après quinze petites minutes de renforcement musculaire, on jouit religieusement d’un panorama grandiose et complet puisqu’on a à le partager avec personne…

On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…

Pour le chemin du retour jusqu’au canal, à noter que tu peux bien évidemment remarcher dans tes propres traces de pas. Ou alors te la jouer « Indiana Jones et les stupas perdus » et passer derrière les boutiques. Car derrière les boutiques, pas d’arrière-boutique mais des stupas, encore des stupas ! Un stupa pour papa… Un stupa pour maman… Et en plus, des stupas trempant dans du formol depuis des centaines d’années ! Beaucoup ont été abîmés par des tremblements de terre ou la végétation, lorsque d’autres se sont faits faire les poches par un archéologue allemand... On peut d’ailleurs voir son butin dans un musée de Hambourg. Logique… Moi, je lance une pétition : Rendez le patrimoine à ceux qui en sont à l’origine ! Rendez le patrimoine birman aux birmans !… Bon, je n’insiste pas trop car on va m’éxiger de rendre Sandrine au patrimoine marnais… Bref, on met un « J’aime » sur la page Facebook de cette zone où un parfum de découverte et de retour vers le futur nous envahit les naseaux… On dira ce qu’on voudra, mais c’est quand même beau la Bretagne !

On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…

Allez, je passe rapidement sur notre petite pause au bar des sports local et nos quarante nouvelles minutes passées sur le canal pour arriver dans un endroit étrange… Bien qu’au beau milieu du lac, à gauche, on ne voit rien à part des rangées de buissons. A droite, c’est la même chose. Et devant ?... Ben devant, on ne voit rien non plus ! Bienvenue, non pas aux jardins suspendus de Babylone, mais aux jardins flottants d’Inle ! On y reconnaît des tomates, des courges, des choux,… et des scoubidous bidous, ah !... Allo Oxo, ici la terre ! Des terriens plus que bizarres parviennent à faire pousser des légumes sur des radeaux de végétaux recouverts de terre et de boue maintenus au fond par des pieux en bambou. Allo Oxo, ici la terre ! Des terriens plus que bizarres parviennent à pêcher des poiscailles debout sur une jambe, à la poupe de leur pirogue, l’autre jambe enroulée autour de la rame… Allo Oxo, ici la terre ! D’autres terriens sont encore plus bizarres puisqu’ils font semblant de pêcher pour se faire tirer le portrait en prenant la pause au coucher du soleil pour glaner un ou deux billets…

On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…
On nous mène en bateau…

Pour résumer cette journée : Les paysages sont à couper le souffle, les habitations sont dépaysantes, les cultures sont originales, les embarcations sont atypiques, les stupas sont innombrables, les pêcheurs sont photogéniques,… Bref, au cas où tu n’aurais pas compris que je trouve le lac Inle magnifique, Cristina Cordula me dit de te dire que le lac Inle, c’est magnifyk ! Merci aux inthas, merci dame nature, merci mon horoscope ! Je crois qu’on rentre de cette journée avec des yeux plus grands que ce qu’ils n’étaient ce matin tellement on les a écarquillés !

 

Et comment faire pour terminer une journée comme celle-ci aussi bien qu’elle n’a commencé ? La solution tient en deux mots : Sin Yaw. Deux petits mots derrière lesquels se cachent goulument un wok fried chicken cashew nuts and black pepper sauce, ainsi qu’un Inle style grilled pork sliced curry with fresh tomatoes. Sin Yaw, comme le nom du restaurant qui nous a été conseillé par les anglais qu’on avait rencontrés il y a quelques jours lors du trek entre Kalaw et Inle. Sin Yaw, comme l’endroit où un jeune serveur prétentieux nous dit en arrivant « Bienvenus dans le meilleur restaurant du lac Inle ». Moi, je trouve qu’au final, ce jeune est plutôt modeste car j’aurais dit « Bienvenus dans le meilleur restaurant de Birmanie ». Si tu viens au lac Inle, sans mettre le palais dans ce petit resto sans prétention, c’est que tu ne comprends rien à la vie. C’est dit ! Pour ma part, c’est sûr, je réserve déjà une table ici pour demain soir ! De toute façon, demain est une autre aventure…

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23 février 2015 1 23 /02 /février /2015 16:19

Selon le célèbre dicton d’onpartenvadrouille, qui se couche avec les poules se réveille avec le coq ! Ben oui, couché tôt hier, levé tôt ce matin après une nuit glaciale agrémentée d’un intermède sympathique vers deux heures… Ma petite Sasha ne se réveille qu’exceptionnellement la nuit pour aller aux toilettes. Là, elle s’est réveillée. Selon mes prérogatives paternelles, ma petite Sasha va toujours voir sa mère dans ces quelques cas exceptionnels. Là, elle m’a réveillé moi ! Au jeu du pique nique douille, c’est moi l’andouille qui ai donc dû me rhabiller, me rechausser et me les cailler dans le froid de la nuit noire pour emmener ma fille dans ce truc que les gens d’ici assimilent à des toilettes… Tout ça pour te dire que dans la cour à cette heure-là, je suis tombé sur notre jeune horseman veillant et calmant sa Paoussa toute excitée. Et si la légende disait vrai ? Et si des esprits maléfiques rôdaient effectivement dans les parages ?... Pattopauk ! La nouvelle super-production birmane qui va vous glacer le sang… Le 23 février au cinéma…

Arrête-moi si tu peux !

Bref, je te disais qu’il est très tôt et que je suis déjà debout. Que faire à six heures du matin dans un village pa-o à part aller chercher des pokémons légendaires ?... En profiter pardi ! Je chope mon fidèle compagnon de voyage par les cheveux et nous revoilà, mon appareil-photos et moi, arpentant les rues brumeuses de Pattopauk pour y redécouvrir ses habitants s’activant déjà sur tamis, balais et faucilles à une heure où Michou n’est pas encore démaquillé… Je salue mon étoile, je mesure l’immense chance que j’ai d’être ici, d’avoir été ici, même un instant, même brièvement, même trop vite, au milieu de tous les pattopaukiens. Le bouquet final de ce feu d’artifice, c’est lorsque je suis invité par une grand-mère préparant son thé à même le sol. Grand-mère sait faire un très bon thé, grand-mère sait faire un très bon thé… Une demi-heure d’échanges intenses uniquement constitués de petits signes et surtout d’immenses sourires !

Arrête-moi si tu peux !
Arrête-moi si tu peux !
Arrête-moi si tu peux !
Arrête-moi si tu peux !
Arrête-moi si tu peux !
Arrête-moi si tu peux !
Arrête-moi si tu peux !

Allez, comme mes jambes en réclament encore après notre journée d’hier, je leur accorde un second et dernier round avec une nouvelle journée pédestre qui va nous mener jusqu’au lac Inle ! Pour rallumer la flamme de Sandrine, j’utilise un lance-flammes. Pour tenir le pauvre horseman éveillé, j’utilise des allumettes. Et pour avancer, tout le monde utilise ses jambes, même si toute ressemblance avec la journée d’hier serait fortuite… D’ailleurs, les paysages sont totalement différents. Nous sommes presqu’exclusivement en pente descendante vers le lac dont on aperçoit rapidement le reflet sur la ligne d’horizon, et la végétation évolue sans cesse avec le changement d’altitude… Niveau temps, madame météo avait promis un grand ciel bleu pour toute la durée de la transhumance, elle n'a pas menti. Trente degrés, c'est juste bien pour ne pas transpirer à chaque pas. « Bon concrètement, vous voyez quoi ? » Je vais essayer de la faire courte même si le voyage, lui, est très long... : Forêts de pins odorantes, petite rivière glougloutante, bambous, petit village,… Petit village où nous arrivons d’ailleurs au moment de la cloche. La cloche a sonné, ça signifie, la rue est à nous, que la joie vienne, mais oui, mais oui, c’est l’heure de l’école ! Tous les mioches en uniformes verts et blancs se mettent en rangs d’oignons et chantent la Marseillaise version birmane avec pour seuls spectateurs… nous ! Vraiment touchant…

Arrête-moi si tu peux !
Arrête-moi si tu peux !
Arrête-moi si tu peux !
Arrête-moi si tu peux !
Arrête-moi si tu peux !

Allez, un dernier coup de collier ! Les cuisses tremblotent et les mollets palpitent, nous entamons la descente finale sur une route sans véritable attrait !... Et c’est après six heures de marche, ladies and gentlemen, que nous arrivons enfin au but ultime de notre trek : Une bonne bière !... Et accessoirement le lac Inle. Éreintés, suintants, dégoulinants, puants,... mais heureux comme des chewing-gums qu'on arrête enfin de mâchouiller... La sensation du travail accompli ! D’un point de vue géographique, nous avons quitté le territoire des pa-o pour désormais pénétrer sur celui des inthas. D’un point de vue pécunier, cela nous en coûte la bagatelle somme de dix-mille cinq cents kyats de droits d’entrée par personne qui vont tout droit alimenter les caisses du gouvernement n’ayant de démocratique que le nom…

Arrête-moi si tu peux !
Arrête-moi si tu peux !
Arrête-moi si tu peux !

En arrivant aux abords du lac, tous les groupes de marcheurs sont conduits dans un énorme restaurant « à touristes ». On y mange ma foi pas trop mal mais chuuuuut… il permet aussi de méditer sur la connerie humaine, ce qui risque de me bouffer une bonne partie de la journée... Car oui, attention ! Le virus H1N1 pour les cochons et le virus H5N1 pour les canards vient de fusionner au bord du lac Inle… Ainsi, le virus H6N2 pour les connards vient de voir le jour… Deux couples de « vieux touristes français blasés », encore eux, sont à la table d’à-côté et sont en sévère concurrence pour la palme d’or de la connerie : « C’est inadmissible que lors de ce trek, on ose nous faire dormir dans des villages aussi sales que ça ! Vraiment dégradant !… », « Mais comment ces gens font-ils pour vivre à notre époque dans des conditions pareilles ? On croirait qu’ils se plaisent à vivre comme ça…», « Et si je m’étais cassé la jambe, j’aurais bien voulu savoir comment ils auraient fait pour m’emmener dans un hôpital digne de ce nom ? »… Bon, bien que l’idée m’ait traversé l’esprit, la loi birmane m’interdit de les pousser sous un train… Du coup, félicitations à eux, ils gagnent tous les quatre un billet de retour pour la France ! Décollage immédiat !!!

 

Nous, en tout cas, le trek, c’est Inle chez nous, donc on continue !… Non ? Tu n’vois pas ? Inle… Inné… Bref, tout ça pour te dire que nous nous acquittons maintenant des dix dernières minutes de marche nécessaires pour gagner notre embarcation qui va nous mener de l’autre côté du lac, dans la petite ville de Nyaungshwe. Pas facile à prononcer, hein ? Bon en attendant, je te fais tout un camembert de ce lac considéré comme un des plus beaux au monde, mais sais-tu au moins quelle est sa particularité ?... Non ? Et bien installe-toi confortablement, mets ton pouce dans la bouche et écoute… La particularité de ce lac est qu’il est très grand, qu’il se trouve en altitude et qu’il est entouré de montagnes. Là, c’est le moment où tu te dis « Reviens Léon, y’a les mêmes à la maison ! » Bon, s’il n’y avait que ça, ce ne serait déjà pas si mal, mais ce n’est heureusement pas sa seule caractéristique ; auquel cas, je t’aurais emmené passer la journée au lac de Gérardmer… Etant donné que je vais maintenant t’annoncer certaines choses que je qualifierai d’étranges, tu vas simplement te contenter de faire semblant d’y croire… Et le meilleur moyen, c’est d’acquiescer sans m’interrompre, et de ne pas avoir l’air étonné ! T’as compris ?... Bon, on va faire un test… Le lac Inle a beau être un lac, il n’est pas peuplé que de poissons. Ok ? On continue… En effet, les inthas, terme que l’on peut traduire par « fils du lac », habitent dans des maisons sur pilotis sur le lac... Ça va toujours ?... Les inthas sont majoritairement des pêcheurs. Depuis une pirogue en bois, ils enfoncent une nasse conique dans l’eau peu profonde. Loin de la pêche industrielle, le pêcheur utilise un trident pour embrocher l’éventuel poisson pris au piège. Et pendant qu’il pêche, il coince sa pagaie dans sa jambe droite et rame tout en restant debout en équilibre sur la gauche !... Hop hop hop, ne fais pas cette tête-là, je t’avais dit de faire semblant d’y croire !!!... Et si je rajoute qu’ils cultivent leurs légumes sur des jardins flottants, sortes de radeaux de végétations sur lesquels ils mettent de la vase et y font pousser différents légumes en plein milieu du lac, tu me prends pour un fou ?… Et pourtant, tout est apparemment aussi vrai que je m’appelle Franck. Tu vois, finalement, rien à voir avec le lac de Gérardmer ! 

Arrête-moi si tu peux !
Arrête-moi si tu peux !

Bon, pendant que je te racontais tout ça, sache que nous sommes désormais sur le lac et plus précisément le cul vissé sur notre pirogue à moteur. Je suis donc en mesure de te confirmer que tout ce que je t’ai expliqué juste au-dessus est on ne peut plus vrai ! Lac d’un bleu-gris profond sur lequel se reflètent les montagnes environnantes, maisons sur pilotis faites de bric et de broc, jardins flottants,… Quant aux fishermen, je suis à la fois excité et ému lorsque j’aperçois les premiers spécimens. Je sais, c’est un peu bête de se mettre dans cet état pour un fisherman, mais quand même… Bon ok, à la place de « fisherman », j’aurais pu comme tout le monde dire « pêcheurs », mais dit comme ça, ça aurait fait beaucoup moins aventurier, non ? Surtout que quand tu y penses, tu pourrais, si tu le souhaites, aller voir tous les jours Mimile qui pêche à l’asticot au bord du canal à côté de chez toi… Oui, mais c’est pas pareil !!! Bon, la traversée n’avait pour vocation que de nous transporter. Nous reviendrons bien évidemment sur le lac pour l’explorer plus en détail dès demain ! Car là, ça y est, nous passons sous un pont. Le Rialto ? On nous débarque sur une grande place… La place Saint Marc ? Et oui, nous sommes à Venise ! Un Venise à la campagne ! Same same but different... Bienvenue en fait à Nyaungshwe où se trouve l’hôtel Aquarius que j’ai réservé il y a plusieurs mois. Mais nous ne faisons qu’y passer en coup de vent, juste le temps de constater qu’il est très beau, d’y déposer notre linge sale, et de s’y décrasser le pelage… Ben oui, deux jours sans douche par trente degrés et avec quarante-deux kilomètres de marche au compteur, ça commence à renifler dans les bermudas ! Et vu que mon caleçon tient tout seul comme un grand en l’enlevant, inutile de te préciser le bonheur qu’une simple douche nous procure… 

Arrête-moi si tu peux !
Arrête-moi si tu peux !
Arrête-moi si tu peux !
Arrête-moi si tu peux !
Arrête-moi si tu peux !

Allez, l’heure du repos pour les braves à sonner ! Non pas l’heure d’une sieste qui serait synonyme de temps perdu, mais d’un massage au salon Thae Sue pour se racheter des corps tout neufs. A quatre euros l’heure de tripotage, on ne va pas se priver !... En tout cas, de ce que je peux d’ores et déjà te dire du Thae Sue, c’est qu’on est à des années lumière du salon de massage aseptisé à la Yves Rocher ! On va dire qu’ils ne réinvestissent pas les profits dans la déco ! Cabane en bambou poussiéreuse et palmes tressées, nattes sur le sol trouées, aucune fenêtre,… Nous sommes également trèèèèèès loin du stéréotype de la jeune et jolie masseuse asiatique ! Au tirage au sort, j’hérite en effet d’un vieux monsieur que j’appelerai « Un œil trois dents ». Pourquoi ce surnom ? Ben parce que, premièrement, il n’a qu’un œil. Et deuxièmement, parce qu’il n’a que trois dents. Ça te va comme raison ? Bon allez, je le laisse s’occuper de mon cas même si j’aurais bien sûr préféré qu’une charmante demoi… Ouaaaaah ! Mmmmmm ! Oh ouiiiiiii ! Le bougre ! Il sait fichtrement bien se servir de ses mains !!! Une heure d’orgasme permanent… Malgré la petite souris qui m’a matté pendant une heure en train de prendre mon pied depuis la poutre au-dessus de moi, ce fut à coup sûr le meilleur massage de toute ma vie ! Je le fais d’ailleurs comprendre à mon bon vieux « Un œil trois dents », ce qui le rend aussi fier qu’un sandwich SNCF…  Ah non ce n’est pas ça l'expression, mais il était fier quand même !

Arrête-moi si tu peux !
Arrête-moi si tu peux !

Après le retour en grâce de notre couche épidermique, notre programme cousu-pied de réhabilitation nous emmène maintenant rendre le sourire à notre estomac. Direction le Htoo Htoo Youtou ! En fait, ça s’appelle Htoo Htoo Maung, mais c’était un petit hommage à ma façon à Véronique et Davina… Bref, je digresse, je digresse… Contentons-nous des faits et rien que des faits !... Ok, donc nous sommes accueillis par la patronne et deux serveuses du Htoo Htoo Youtou qui nous font des courbettes et encore des courbettes avec les mains en signe de remerciements en veux-tu en voilà... « Bienvenus dans notre humble restaurant… Merci mille fois d’avoir fait tout ce chemin pour venir chez nous… » A tel point qu’on se sent presque gêné par tant d'attention. « Non, madame, je ne vous autorise pas à me baiser les pieds !!! » Bon, vu l’accueil limite tapis rouge, on se demande franchement si nous ne sommes pas les premiers clients de l'année !... Ben faut croire que non car la dame est en train de nous dire que son resto affiche aussi complet qu’un concert des Worlds Appart à leur grande époque :
« Ce n’est pas grave ma bonne dame, on va attendre ici dans la rue qu’une table se libère !
- Ok, reçu cinq sur cinq ! »
Ah, ces asiatiques ! Ils exagèrent toujours... Reçu cinq sur cinq mon arrière-train, ouaih ! Voilà qu’une des serveuses est en train de nous dresser la table sur la route !!!
« Nous manger dans restaurant quand autres personnes parties ! »
C’est marrant comme on a tendance à enlever les articles et à parler fort quand on essaie de se faire comprendre, t’as remarqué ?... Et tu as certainement aussi remarqué que le résultat est souvent le même… : « Bon ben j’crois qu’elle n’a rien compris… »

 

Bref, après dix minutes d’attente à notre table dans la rue, nous sommes enfin autorisés à entrer, une fois une table plus conventionnelle libérée. Et là, on a le choix entre un menu Shan ou un menu intha. Mon palais me dit de te dire que tu peux choisir les yeux fermés, les deux sont tip-top ! Quant à mon foi, lui m’indique que tu peux goûter le vin rouge du lac Inle, moins pire que ce que je croyais. Super adresse, super accueil, superbes courbettes, superbe journée ! Et superbe expression pour conclure : De toute façon, demain est une autre aventure…

Arrête-moi si tu peux !
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Published by Franck - dans Birmanie
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22 février 2015 7 22 /02 /février /2015 11:31

Dix heures du matin, mes paupières collées par douze heures de sommeil s’entrouvrent enfin, tout comme la porte de notre suite luxueuse qui te laisse pénétrer dans l’univers de notre nouvelle journée de farniente qui s’annonce… Tu vas pouvoir nous accompagner au petit déjeuner pantagruélique que nous allons déguster tranquillement au bord de la piscine, peignoir brodé sur le dos et chaussons moltonnés aux pieds… Et pourquoi pas un petit massage traditionnel au spa après ça ? Ben oui, pourquoi pas ???... Ben… tout simplement parce que tu es en plein rêve !!! Ou plus précisément en plein dans le rêve que Sandrine est en train de faire lorsque je la réveille à deux heures du matin, pile-poil au moment où notre bus pénétre dans la petite ville de montagne de Kalaw… Entre parenthèses, ça, c’est vraiment un truc que je n’arrive pas à comprendre… Pourquoi faire partir un bus à dix-huit heures si c’est pour le faire arriver au beau milieu de la nuit ???!! Bon, à priori, tu ne m’apporteras pas la réponse, donc parenthèses fermées, je continue…

 

Et alors, à cette heure-là à Kalaw, qui est là pour nous accueillir ?... Ouah, quelle surprise ! De jeunes tahitiennes aux seins nus dansent le tamouré tout en nous enfilant des colliers de fleurs multicolores autour du cou !!! Du coup, Kalaw rentre direct dans le top trois de mes villes birmanes préférées !... Oui, bon, ok, là, tu viens de t’inviter dans mon rêve à moi !!! En fait, seul un vent froid de février venu tout droit de France, plus deux pélerins pinpins autant dans le cirage que Sandrine nous attendent de pieds fermes à la sortie du bus. L’un des deux gars représente l’Eastern Paradise Hotel. Là, certaines connexions synaptiques se forment difficilement dans mon cerveau embrumé par les tahitiennes aux seins nus, ce qui me permet de me rappeler que j’avais gribouillé ce nom d’hôtel dans mon roadbook. Le bonhomme nous annonce la nuit pour quatre à quarante kyats. Au prorata de ce qu’il nous reste à pioncer, il nous la lâche sans trop se débattre pour trente, petit déj’ inclus ! Si bien que dix minutes plus tard, nous sommes déjà retombés dans les bras de Musclor… Bonne fin de nuit les petits… zzzzzzzzz…

 

… Hello, je te retrouve de bon matin ! Et le matin, quand tu sors de chez toi aux aurores en sifflotant pour aller au boulot, c’est soit que tu es un des sept nains, soit… ben qu’en fait, tu ne vas pas réellement travailler ! Je suis en effet dans les rues de Kalaw, sifflotant le nez en l’air, à la recherche de l’agence de trekking A1 à qui j’ai réservé un guide pour les deux prochains jours. Oui oui, tu n’as pas la berlue, tu as bien lu « trekking » comme trek ! Oui oui, avec les filles ! Oui oui, Sandrine est au courant ! Bon, elle ne sait pas encore qu’on va s’enquiller quarante-deux kilomètres ces deux prochains jours mais ses jambes vont bien s’en rendre compte assez tôt… Oui oui, quarante-deux, comme un quatre et un deux… Mais nous en reparlerons un peu plus tard… Car ça y est, l’agence est dans ma ligne de mire, je n’ai plus qu’à appuyer sur la gachette !

 

Un kilomètre à pieds, ça use, ça use,…

« Hello ma p’tite dame birmane ! Je m’appelle Franck Onpartenvadrouille et j’ai une réservation pour un trek de deux jours de cavale pour quatre personnes !
- Désolé, je n’ai rien à ce nom-là…

- T’inquiète dont pas Micheline, j’ai imprimé les cent trente-huit échanges de mails que j’ai eu avec un certain Sanlin et qui prouvent qu’on a conclu l’affaire pour cent quatre-vingts dollars, navette pour gagner le point de départ du trek, guide, boissons, repas, nuit chez l’habitant, et bateau en arrivant à Inle… Le tout pour quatre personnes !
- Sanlin est mon mari, mais c’est tout bonnement impossible qu’il vous ait validé ça pour un prix aussi riquiqui… Le tarif est de deux-cent cinquante…
- Mais puisque le monsieur te dit qu’un accord a été passé pour cent quatre-vingts ! Mets tes lunettes de plongée, c’est écrit là !... Puis-je parler à Sanlin ?
- Il n’est pas joignable de la journée… Deux-cent quarante et je ne peux pas faire mieux…
- Euuuuuh… Comment te dire… Toi être sûre que toi comprendre ce que moi vouloir dire à toi ?… »

Bref, je te la fais courte mais la dame, après d’intenses palabres et menaces de mort, me passe comme par magie le fameux Sanlin au téléphone alors qu’il n’était soi-disant pas joignable de la journée… J’adooooore…

« Content de pouvoir vous parler, Sanlin ! Ne deviez-vous pas nous attendre à l’arrivée du bus cette nuit comme nous l’avions encore validé dans un dernier mail datant d’avant-hier ? Le guide et tout le matériel qui va bien ne devait-il pas être prêt à notre arrivée à l’agence ce matin ?...
- Si, mais je n’ai pas eu de mail de confirmation de votre part hier soir…

- !$€ ?:///è_ç$$$ ???
- Et dans nos derniers échanges, j’ai oublié de vous dire que les tarifs ont changé…
- Ecoute-moi bien mon Rémi Gaillard birman… Que tes tarifs aient été gonflés aux hormones entre avant-hier et ce matin, ou que ta femme prône l’abstinence sexuelle depuis la naissance de ton fils de quinze ans, ce n’est pas mon problème ! Nous avions un accord et si tu ne t’y tiens pas, je peux te dire que le monde entier va en entendre parler via mon blog Onpartenvadrouille !
- Onpartenvadrouille ???? Pitié, non… Ok pour cent quatre-vingts !!! Tout sera prêt dans une demi-heure ! »

 

Chouette ! Je sens que ces deux prochains jours avec cette agence risquent de nous réserver plein d’autres belles surprises… En attendant, je retourne à notre hôtel où mes trois blondes m’attendent gentiment pour notre copieux petit déjeuner… Gaufres, œufs, toasts, riz,… Et pour agrumenter tout ça, un bon jus d’orange ! Bref, nous n’avons pas passé beaucoup de temps au Eastern Paradise Hotel, mais quand même suffisamment pour te le conseiller…

 

Allez, ne restons pas plantés là comme des girolles ! Car ça y est, il est l’heure !… L’heure d’être transférés d’une dizaine de kilomètres en camion jusqu’au village de Lamai, point de départ de notre marathon. On profite de la promenade camionesque pour faire connaissance avec notre guide prénommé Sam. Sam réjouit de constater qu’il parle un très bon anglais. Sam étonne de savoir qu’il est de père birman et de mère srilankaise. Sam énerve d’apprendre qu’il n’était pas au courant qu’il nous guidait ces deux prochains jours il y a encore une heure… Bref, Sam suffit en terme de jeux de mots débiles avec son prénom, tu es tranquille pour ces deux prochains jours…

 

Avant de mettre en route nos jambonneaux, une petite surprise pour mes filles ! Ben oui, vu que je suis le meilleur papa du monde, nous ne serons pas que le guide et nous quatre lors de ce trek. Je leur présente en effet Paoussa ! Elle fait ce que tu lui dis de faire, elle est douce, docile, tu peux lui monter dessus quand tu en as envie et en plus, elle ne parle pas... Oui, je sais, dit comme ça, on dirait la femme parfaite ! Sauf que la femme parfaite n’existe pas et que Paoussa a une croupe, une hampe et une crinière… Paoussa est en effet une jument que j’ai réservée pour les filles au cas où elles ne tiendaient pas la distance. Quarante-deux kilomètres de marche, ça fait déjà beaucoup… Alors quarante-deux kilomètres de marche avec une fille sur les épaules et l’autre dans les bras, ça me paraît un brin compliqué, même pour moi et ma motivation sans faille…

Un kilomètre à pieds, ça use, ça use,…

Cette fois-ci, c’est le moment tant redouté. Nous sommes sept à nous aligner sur la grille de départ pour ces huit heures de marche. Nous quatre, Sam, Paoussa et son jeune propriétaire un peu patibulaire. Au début, nous traversons d’immenses rizières. Sais-tu ce qu’on ressent lorsqu’on parcourt d’immenses rizières bien vertes et gorgées d’eau où de nombreux birmans travaillent de façon traditionnelle, les pieds dans la boue à enfoncer méthodiquement de jeunes pousses qui donneront à terme un riz ferme et abondant ? Non ? Moi non plus… Car, déception, nous sommes à la saison sèche et les rizières sont déjà toutes dessechées et ressemblent plus à des champs de blé venant d’être moisonnés. Pas une brindille de verdure ni même un paysan dans les parages… Pour voir des rizières ici aussi vertes que dans ton imaginaire asiatique, il faut bien évidememnt venir à la saison des pluies qui présente, comme son nom l’indique, l’inconvénient d’être pluvieuse... On traverse ensuite des cultures qui s’avèrent être des champs de piments ! Il y en a à perte de vue. Parce que oui, petite précision, le birman aime manger épicé… Et ça, ma p’tite glotte l’a bien imprimé… Là encore, petite déception car la récolte a eu lieu il y a quelques semaines… Si bien que ma p’tite Sandrine active rapidement son option chiante en me rabâchant la même chose toutes les cinq minutes : « Si c’est pour marcher sous le cagnard pour voir la même chose que chez nous, merci bien ! » Heureusement, nous traversons maintenant le village pa-o de Nannua. « Et des femmes bridées qui se baladent dans la rue avec des serviettes multicolores sur la tête, on en a aussi chez nous ? » En tout cas, outre le fait d’être pa-o, les gars d’ici ne sont pas bien grands… Ok, je sors…

Un kilomètre à pieds, ça use, ça use,…
Un kilomètre à pieds, ça use, ça use,…
Un kilomètre à pieds, ça use, ça use,…
Un kilomètre à pieds, ça use, ça use,…

On traverse des plaines, on traverse des vallées, on traverse des forêts de bambous,… jusqu’à arriver au village de Khone Hla qui nous servira de lieu pour le déjeuner. Ici, rien d’exceptionnel à raconter. Rien d’exceptionnel à manger, rien d’exceptionnel à faire, rien d’exceptionnel à voir,… à part peut-être la place du village où trois vieilles femmes sont à même le sol pour épépiner tout un sac de piments séchés au cure-dent ! Tiens, c’est cadeau ! Désormais, lorsqu’on te confiera une mission pas passionnante, pointilleuse et chronophage, tu pourras claquer « c’est comme épépiner un sac de piment au cure-dent en Birmanie » ! Bref, on reprend notre pèlerinage… Et là, je suis heureux de t’annoncer que les paysages qu’on traverse maintenant sont beaucoup plus attrayants... Moins ardennais dirons-nous… Végétation exotique, buffles d’eau, terre ocre et reliefs plus marqués,… D’ailleurs, en parlant de relief plus marqué, comme dirait Bébel, « Toc toc badaboum ! » Sauf que là, on passe directement au « Badaboum » ! Sur un chemin en fort dévers, Paoussa trébuche et chute lourdement avec la pauvre Anna toujours sur son dos ! Heureusement, plus de peur que de mal pour tout le monde ! 

Un kilomètre à pieds, ça use, ça use,…
Un kilomètre à pieds, ça use, ça use,…
Un kilomètre à pieds, ça use, ça use,…
Un kilomètre à pieds, ça use, ça use,…
Un kilomètre à pieds, ça use, ça use,…

Autre petite anecdote qui vaut son pesant de cacahuètes grillées. Et elle concerne une pause que l’on fait sous un énorme banian pendant laquelle Sam nous raconte deux légendes locales dignes de scénarios de films d’horreur… La première porte sur un village qui apparemment se situerait… très exactement à l’endroit où nous nous trouvons !… Ce village fantôme apparaît en fin d’après-midi lorsque la lumière commence à baisser. Et si tu t’y rends pour y passer la nuit, le village et les villageois sont tout à fait normaux et accueillants… Sauf qu’au petit matin, lorsque tu te réveilles, le village a disparu et tu te retrouves allongé au milieu des champs !... Intriguant, n’est-ce pas ? Attends un peu que je passe la seconde… Celle-ci raconte que des esprits maléfiques ont, lors d’une nuit, enlevé tous les chiens et chevaux des habitants des environs. Et lorsqu’un villageois accueille un nouvel animal dans son foyer, il disparaît la nuit suivante et personne ne le reverra jamais… D’ailleurs, Sam nous dit qu’on peut regarder dans tous les villages traversés, nous n’y verrons aucun chien ni cheval. « Et Paoussa, alors ? » Là aussi, Sam a la réponse : Son propriétaire nous accompagne justement pour veiller sur elle durant toute la nuit. Ce n’est qu’à cette condition que l’animal ne se fera pas kidnapper. Cinq petites minutes de sommeil, et l’animal s’évapore… 

Un kilomètre à pieds, ça use, ça use,…
Un kilomètre à pieds, ça use, ça use,…
Un kilomètre à pieds, ça use, ça use,…
Un kilomètre à pieds, ça use, ça use,…

Ah, tu flippes ta mère, hein ? Bon, pendant que tu réfléchis à tout ça, nous, on approche maintenant de notre lieu de villégiature pour la nuit. Ce qui me met la puce à l’orteil, c’est que nous ne sommes plus tout seul sur l’autoroute ! Bison fûté ne nous avait en effet pas prévenus qu’on allait se retrouver dans une sorte d’embouteillage d’habitants rentrant chez eux après leur journée de dur labeur dans les champs. Charrues tirées par des zébus, femmes portant des jarres d’eau sur la tête, berger guidant son troupeau de buffles,…, même les poules sont sur la route du retour ! Par contre, ni chien, ni cheval dans l’assemblée… En tout cas, vision totalement insolite de voir toute cette petite troupe, les uns derrière les autres, sur le chemin du village en fin de journée… A l’arrivée, fourbus et vidés comme des truites, il me reste suffisamment de force pour écarquiller grand les yeux. Le village de Pattopauk et ses habitants baignent encore dans leur jus comme je les aime : Hommes et femmes en tenues traditionnelles, poules, canards et vaches en libertés, terre battue, bâtiments plus rudimentaires tu dors dehors, toilettes plus rudimentaires tu fais caca dehors !... Si bien que comme un gamin dans un rayon de jouet avant Noël, je ne m’occupe pas de suivre mes parents qui se rendre au rayon boucherie. Traduction, je photographie tout ce qui bouge, je fais signe à tous les villageois qui me sourient, et… je me retrouve tout seul avec Anna sans savoir où le reste du convoi est allé se planquer. Voilà une occaz à ne pas laisser passer ! Avec Anna, on se lance dans une exploration à en faire rougir Dora de jalousie. Chaque rue du village est passée au peigne fin avec bien évidemment pour prétexte de retrouver Sandrine et Sasha. Mais la réalité est toute autre ! Je me gave de chaque sourire, de chaque tentative de discussion,… J’en arrive même à tenter d’entrer en communication avec les poules, c’est pour dire ! Alors oui, les gens d’ici ne roulent pas sur l’or, mais le soleil leur suffit comme lumière, les légumes qu’ils cultivent leurs suffisent comme nourriture, l’eau du puit leur suffit comme boisson, les sourires qu’on leur fait leurs suffisent comme cadeaux,… Bref, une vie, sur le papier, qui pourrait me tenter…

Un kilomètre à pieds, ça use, ça use,…
Un kilomètre à pieds, ça use, ça use,…
Un kilomètre à pieds, ça use, ça use,…
Un kilomètre à pieds, ça use, ça use,…
Un kilomètre à pieds, ça use, ça use,…
Un kilomètre à pieds, ça use, ça use,…
Un kilomètre à pieds, ça use, ça use,…
Un kilomètre à pieds, ça use, ça use,…
Un kilomètre à pieds, ça use, ça use,…

Une heure de magie plus tard partagée avec Anna, je repère la croupe d’un cheval dans une cour. C’est bien Paoussa qui ne s’est pas encore faite enlever. Mince, Sandrine et Sasha sont bien là aussi… Fin de l’exploration, fin de la journée tranquillement passée à discuter et à siroter une bière avec trois anglais sympas qui dorment dans la même « maison » que nous… Allez, nous trekkons à ta santé, et à la journée de demain ! De toute façon, demain est une autre aventure…

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21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 01:06

Si tu fais comme cent pour cent des français et qu’il t’arrive donc de manger, n’aie pas peur, je ne vais pas te laisser sur ta faim… Hors de question pour moi de quitter Bagan avant d’avoir vécu le must ! Et ici, le must appartient à ceux qui se lèvent tôt ! A ceux qui ne craignent pas le froid matinal ! A ceux qui n’hésitent pas à enfourcher leur monture dans la nuit noire, dans la nuit noire et obscure, obscure et sombre, sans se cogner contre les murs… A ceux qui ont donc du courage pour braver les éléments afin d’aller assister au ballet gracieux des montgolfières qu’empruntent nos richissimes compères touristes prêts à se délester de trois cents malheureux billets verts pour surplomber une mer de pagodes au soleil levant… Entre trois cents dollars pour voir d’en haut, des pagodes au lever du soleil, et zéro dollar pour voir d’en haut, des pagodes au lever du soleil avec, pour le même prix, quelques montgolfières disséminées dans le ciel, mon cœur n’a pas balancé bien longtemps !... Pour ton info, le cœur de Sandrine n’a pas balancé non plus bien longtemps entre deux heures de sommeil au chaud dans un lit douillet et se cailler grave les bonbons sur un scooter à cinq heures du mat’… Bref, tout ça pour te dire que je serai en mode Lucky Luke, cowboy solitaire chevauchant son Jolly Jumper pour cette nouvelle aventure que je m’en vais te conter dès maintenant…

 

Faites votre choix, embrassez qui vous voudrez !... Première mission, se choisir un partenaire, alias un temple d’où on bénéficiera de la meilleure vue possible pour assister à la représentation du jour. Comme on ne change pas une équipe qui perd, j’ai une nouvelle fois jeté mon dos velu sur la pagode Shwesandaw ! Malheureusement, je m’aperçois une nouvelle fois rapidement que ce repas de Saint Valentin ne se passera pas en tête à tête entre le soleil et moi. En bas des escaliers, il y a déjà de la tong au mètre carré ! Et c’est de la tong made in China ! Vus la tête de leurs yeux bridés, j’ai même l’impression que quelques chinois ont passé la nuit sur place, de peur que leur réveil ne fonctionne pas ! D’ailleurs, je dois dire que je les trouve vraiment trop hyper super sympas, ces quelques chinois qui installent en première ligne tout leur matos high-tech sur trépied, avec déclencheur automatique, filtres et zooms à en faire rougir Rocco Siffredi… Pour obstruer à cinq la vue à des dizaines d’autres touristes, Ducros n’aurait pas pu mieux se décarcasser !… C’est fou, je connaissais les touristes japonais en mesure de te pourrir un point de vue en six cent vingt-huit photos souvenir… Je connaissais les touristes italiens, capables d’anéantir un doux moment de quiétude au beau milieu du désert… Je connaissais les touristes français, vieux de préférence, dont le passe-temps favoris en voyage est de critiquer tout ce qu’ils voient… Et bien voici les nouveaux riches chinois, sans gêne et persuadés que le monde et la pagode Shwesandaw leur appartiennent !

 

Allez, passons sous silence les bousculades, intimidations, regards noirs bridés et coups de coude bien placés pour arriver au moment fatidique : Le soleil s’élevant dans un ciel brumeux, rapidement imité par quelques montgolfières se laissant langoureusement porter au gré du vent dans un océan de pagodes… Devant autant de beauté, je m’empresse bien évidemment de tenter de prendre de magnifiques clichés du phénomène. Attends,… tenter ???... Non, réussir ! Et avec brio ! Non, « Brio » n’est pas le petit nom de mon nouveau copain chinois. Brio, ça veut dire que j’ai plus que réussi ! Que c’est la grosse cartonne ! La méga touch ! Le cliché ultime à en faire rougir Yann Arthus-Bertrand ! Non, sans déc, matte-moi ça ! Comme on dit, c’est open bar…

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Je reste là, au stade figé de contemplation béate, profitant pendant de longues minutes de chaque détail, de chaque souffle de vent, de chaque gazouillis d’oiseau, de chaque cadeau confectionné conjointement par l’homme et dame nature… jusqu’à ce que le soleil ne me réchauffe la couche de saindoux, signe qu’il est malheureusement l’heure de quitter la salle de spectacles. Un regret ?… Bien sûr ! Le fait que mes filles et ma femme n’ait pas pu, ou plutôt voulu voir ça… Comme toi, elles devront se contenter des photos en prenant garde à ne pas trop baver sur l’écran de l’I-pad… A n’en pas douter, un des moments forts de cette journée, de cette vadrouille,… de cette vie !

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Mais passons, on ne va pas faire la journée sur cette expérience, surtout que beaucoup de pagodes manquent encore à notre palmarès ! Pour ça, déjà, il me faut aller réveiller mes belles au bois dormant. Aussitôt dit, aussitôt fait… aussitôt déjeuné, aussitôt sur nos montures ! Au programme de ce matin, la zone est du site. Et le chemin le plus court pour relier un point A à un point B, c’est la ligne droite ! Donc nous, mâlins, en sortant de Nyaung-U, nous prenons le premier chemin à gauche… Sauf que le dicton ne dit pas que le chemin le plus court pour relier un point A à un point B est forcément en parfait état ! Car après trois cents mètres, la route se transforme en piste poussiéreuse. Et après trois cents autres mètres, la piste poussiéreuse se transforme en chemin caillouteux. Et après trois cents autres mètres, le chemin caillouteux se transforme en… un truc d’un mètre de large recouvert d’une couche épaisse de sable fin. As-tu déjà essayé de faire du vélo dans de la semoule ?... Non ? Et bien Jérôme Bonaldi est en train de tenter l’expérience pour toi ! Et comme à chaque apparition à l’écran de notre Jérôme national, c’est la caca, c’est la cata, c’est la catastrophe !... Comme le disent les anglais, « the gamelle of the siècle !!! » Heureusement, j’ai des réflexes qui me permettent de rester en vie et debout, laissant ma bécane s’exploser lamentablement dans une ornière… Bon, accessoirement, avec Anna, les fesses toujours vissées sur le porte-bagages… Les femmes et les enfants d’abord comme on dit !... Mais rassure-toi, aucun bleu à déplorer, ni pour ma fille, ni pour ma pétrolette ! Je m’en sors quand même avec une petite soufflante de qui tu sais… Soit-disant que j’emmène ma team dans des endroits dangereux, que je ne l’écoute pas et ne prends jamais en considération ce qu’elle a à me dire ou un truc comme ça… Vraiment n’importe quoi ! Mais bon, tu m’connais, je n’ai pas fais attention à ce qu’elle m’a dit…

7°2 le matin
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Bref, cela ne nous empêche pas de reprendre notre chasse effrennée à la pagode cendrée. A ce propos, connais-tu la différence entre un bon chasseur et un mauvais chasseur ? Le bon est celui qui va visiter le Tayok Pye Temple, le Tampawaddy Temple,… Mention spéciale pour notre petite chouchoute à nous, la Pyathada Paya du haut de laquelle on a une vue imprenable sur les trois mille et quelques autres pagodes !... Oui, tu l’as remarqué, je passe maintenant rapidement sur la description de chacune des pagodes que nous visitons. Car qu'est-ce qui est plus chiant que la description d’une pagode ? La description de la pagode qu’on visite en quarante-huitième position ! C’est pourquoi, pour varier les plaisirs, on se dit qu’on visiterait bien le petit village de Minnanthu qui se trouve au milieu des pagodes. Sauf qu’à peine nos mobylettes garées à l’entrée du village, une demoiselle au discours touristiquement bien rôdé nous met le grappin dessus. En d’autres termes, un site aussi préservé et authentique que Disneyland ! Pourtant, la jeune villageoise est catégorique ! La visite est on ne peut plus gratuite !… Mouais… Lui faire confiance reviendrait à réviser son bac français avec Franck Ribery… Alors, to reste or not to reste ?... On hésite, on diverge… Mais comme ça ne se fait pas de dire « verge » dans un carnet de voyage, et bien on se laisse faire… Visite des étables, de l’atelier de laque, de la tisserie, de l’exploitation de cacahuètes, de la maison de la grand-mère de notre guide,… Bon, même si leur artisanat nous est régulièrement proposé, la visite est tout de même intéressante. Et chose promis, chose due, il ne nous est rien réclamé en fin de parcours, Franck Ribery est donc moins bête qu’il n’y paraît… Mais si c’était à refaire, peut-être que je m’éloignerais un peu de la piste principale pour gagner des villages plus reculés comme ceux de Myinkaba, de Thuntekan ou de West Pwazaw… Je te confie officiellement cette mission lors de ta venue à Bagan et attends sans faute ton compte-rendu sur mon bureau dès ton retour, ok ?!?

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En attendant, direction la petite ville de New Bagan où je ferai un domaine, où l’amour sera roi, où l’amour sera loi, où tu seras reine… Car pour me racheter du resto d’hier midi auprès de ma reine, j’ai prévu de lui sortir le grand jeu : The King Si Thu ! C’est le nom du resto romantique où nous allons aller nous restaurer… Emplacement ombragé surplombant la rivière, petite musique d’ambiance, serveur au petit soin, plats goûtus,… Si nous n’avions pas été accompagnés de nos deux pitbulls de filles, je pense que j’aurais pu conclure ! Mais cet investissement n’est pas vain, il a le bénéfice de remotiver tout mon petit monde pour la dernière vague de visites. Celle des pagodes du sud du site avec la Paya Dhammayazika en tête de liste...

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Outre ces visites pagodesques, je voulais m’attarder quelques minutes sur une scène typique de Birmanie sur laquelle nous tombons entre une pagode, un berger surveillant son troupeau de biquettes, et un paysan sur son char à bœufs revanant des champs : La construction d’une nouvelle route ! Dis comme ça, ça ne risque pas d’intéresser grand’monde, à part si tu es le responsable des routes du secteur sud-Ardennes… Et pourtant… Si je te dis que tout est fait à la main, entre le cassage de caillasses, le tamisage du sable et l’étendage du goudron liquide, tu me crois ? Oui ?... Et si j’en rajoute une couche en te disant que l’ensemble de ces tâches sont réalisées en plein cagnard, uniquement par des femmes, tu me crois toujours ?... Allez, une petite dernière… Ces femmes sont payées trois mille kyats par jour pour douze heures de dur labeur, soit environ trois dollars… Là, tu te dis que le Maurice, il pousse le bouchon un peu trop loin, non ?!? Et pourtant, tout est vrai ! Un vrai travail de romain ! De romaine, plus précisément ! Et en voici la preuve en image ! 

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Bon, ce n’est pas le tout, mais il est l’heure d’annoncer une terrible nouvelle à ma pauvre Sandrine : « Très chère petite Sandrine, le temps du luxe et du confort que tu chérissais tant est malheureusement révolu. Non, tes larmes n’y changeront rien et le moment de la remise de la clé de ta suite au réceptionniste est inéxorable… Je te laisse quelques instants d’intimité pour dire adieu aux draps soyeux, peignoir, chaussons et autres produits de beauté avec qui tu as passé des moments de complicité inoubliables… Mais rassure-toi, je comprends la douleur qu’une telle séparation peut occasionner. Donc tel Superman, sans le collant ni le slip ridicule, je vole à ta rescousse pour te proposer un sevrage tout en douceur comme je sais te les préparer. J’ai en effet l’honneur de t’annoncer que tu passeras ta prochaine nuit confortablement installée dans le siège d’un bus. Mais je n’ai pas fait les choses à moitié ! J’ai convié à notre petite sauterie la climatisation en mode Sibérie, l’éclairage d’interrogatoire en pleine tronche, la barre dans le dos et les clips de karaoké birmans pour te faire oublier les bienfaits thérapeutiques de tes trois dernières nuits ! Tout ça, c’est pour toi, parce que tu le vaux bien… Alors, merci qui ? »

 

Si bien qu’après un dernier plongeon à la piscine pour nous décrasser de notre journée, nous nous retrouvons dès dix-neuf heures dans notre fameux bus. La climatisation est comme promis réglée sur moins vingt-trois, la barre dans le dos fait son travail aussi, sans oublier les séries à manger du foin qui nous sont proposées, pires que des sitcoms AB Productions du type « Le miel et les abeilles » ou « Les filles d’à-côté » !... Oui, oui, j’ai bien dit « pires »… Et bien entendu, le tout avec un volume sonore à ressusciter Démis Roussos !... Du coup, comme ni le sommeil, ni les occupations dignes de ce nom ne sont à l’ordre du jour, il ne nous reste plus qu’à nous remémorer ces trois jours merveilleux passés à Bagan… Ses pagodes, ses chemins poussiéreux, ses levers du soleil, ses E-bikes, ses rencontres, ses petits restaurants, ses mongolfières, ses bouddhas,… « Oui, Sandrine, je n’oublie pas de mentionner l’hôtel, sa piscine, sa literie, ses douches,… » Bref, Bagan n’a pas failli à sa réputation et je suis sûr que ses nombreuses images nous hanteront demain et les jours suivants... De toute façon, demain est une autre aventures...

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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 18:46

Des gens heureux de voyager, tu peux me croire sur parole, j’en ai rencontrés des tonnes ! Mais des comme moi, jamais d’la vie !!!... Premièrement, je suis en Asie et c’est déjà pas mal… Mais attends, il y a bien évidemment un deuxièmement ! Ben oui, l’Asie a beaucoup, beaucoup, beaucoup à partager… Angkor, la grande muraille, Borobudur, le Taj Mahal, le Potala,... Et comme un enfant timide, l’Asie a aussi conservé secrètement un autre de ses trésors dans une boîte à chaussures… Boîte à chaussures que je m’apprête à entrouvrir, trésor que je m’apprête à embrasser… Mot de cinq lettres propice aux rêves, prémisse d’histoire à inventer, sonnant comme une invitation à la découverte, Bagan est cet illustre trésor jusqu’à présent caché. Un diamant brut, une perle, une pépite... Un mot magique qui ouvre la porte à la poésie, à l’aventure, à l’évasion, à l’ailleurs, à d’innombrables merveilles et moments intenses de contemplation. Pour moi, aujourd’hui, Bagan prend chair, Bagan se touche, Bagan s’incarne, Bagan passe des yeux fermés aux yeux ouverts, de la boîte à chaussures de l’enfant timide aux chemins poussiéreux à parcourir... Le rêve devient réalité, le fantasme devient voyage, l’aventure peut se laisser aller et s’offrir à nous…

 

Ah, c’est beau ! Sauf que je viens d’écrire ces quelques lignes, non pas en fascination béate devant les pagodes de Bagan, mais bel et bien le joufflu posé sur le rebord de la baignoire de la salle de bain, en attendant que ma femme daigne enfin éclairer ma journée en ouvrant ses grands yeux bleus… Ben oui, ce matin, couillon comme je suis, j’ai accordé une grasse-mat’ à Sandrine jusqu’à huit heures, l’autorisant à infuser jusqu’à plus soif dans ses draps soyeux suintant la Soupline. Sauf que là, il n’est que sept heures et que moi, je suis déjà excité comme une jeune pucelle en rut à l’idée de savoir Bagan à quelques encablures sans même pouvoir l’effleurer de la rétine… « Alors ? Réveille ou réveille pas ? » Bon, si toi aussi, tu es un jour confronté à ce dilemme cornélien entre assouvir ton besoin primaire de vadrouille et conserver intacte l’espérance de vie de ton couple, écoute un peu ma recette magique permettant de concilier les deux… : Recouche-toi comme si de rien n’était auprès de ta belle en la prenant délicatement dans tes bras. Faire semblant de ronfler peut faire encore plus crédible, mais alors pas trop fort pour ne pas casser le mythe… Ça, c’est pour la partie sauvegarde matrimoniale… Avant ça, n’oublie surtout pas de subtiliser discrètement le téléphone de ta moitié pour avancer l’heure de l’horloge de trois-quarts d’heure. Bien évidemment, c’est sur ce même téléphone qu’elle a programmé l’heure du réveil… Là, tu n’as plus qu’à attendre sagement que ce réveil fasse son job, c’est-à-dire sonner l’alerte trois-quarts d’heure en avance… Dring dring… Elle saisit le réveil, constate qu’il est bien l’heure de se lever, te regarde les yeux dégoulinants de reconnaissance pour cette grasse matinée que tu as bien voulu lui octroyée, t’embrasse langoureusement, et part à la douche… Il ne te reste alors plus qu’à saisir de nouveau le téléphone pour le remettre à l’heure normale, et le tour est joué !… Si tu respectes à la lettre ces consignes, elle n’y verra que du feu… En tout cas, ma Sandrine, elle, n’y a vu que du feu… Donc ne lui divulgue surtout pas cette confidence, j’ai bien évidemment l’intention de me resservir de cette technique infaillible lors d’une prochaine vadrouille !

 

Tout ça pour te dire que nous chevauchons maintenant nos mobylettes, trois-quarts d’heure en avance sur l’horaire prévu, fins prêts pour aller piquer des pointes de malade à trente kilomètres heure, les cheveux au vent, et Dalida à fond dans les écoutilles en train de nous chanter « Pagodes, pagodes, pagodes… ! » Et justement, la première pagode sur ma liste au Père Noël est la Thabeik Hmauk… Pas de bol, une fois sur place, on s’aperçoit qu’on est à la pagode Buledi… Faut dire qu’il n’est pas aisé de se repérer dans cet encrémélage de chemins et que le nom des pagodes ne clignotent pas sur panneaux géants pour qu’on les reconnaisse de loin… Mais le bazar fait bien les choses car je te conseille la visite de cette Buledi sur laquelle il est possible de monter et d’où la vue sur des centaines d’autres congénères vaut son pesant de riz cantonais… De là-haut, si tu tends l’index dans n’importe quelle direction, quelle qu’elle soit, il y aura forcément une pagode au bout pour te faire de l’œil ! Du coup, on en profite pour repérer d’ici l’itinéraire à suivre pour aller rendre visite aux pagodes qui ont eu la chance de voir leur nom figurer sur mon programme du jour : Sulamani, Thabeik Hmauk, Shwesandaw, Dhammayongyi, et plein d'autres encore que je ne vais pas lister ici sous peine de te refiler une indigestion de pagodes dès la première matinée, sauf si tu insistes…

Show must go on !
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Là, je suis sûr que tu te demandes si ces pagodes ne se ressemblent pas toutes et si ce n’est pas un tantinet rébarbatif, n’est-ce pas ? Et bien non ! Même si la majorité des pagodes sont en briques rouges, elles ont toutes leur style, surtout à l’intérieur… Seul dénominateur commun, on y trouve dans chacune d’elles des statues de Bouddha, et encore des statues de Bouddha, et encore des statues de Bouddha, devant lesquelles les fidèles viennent se prosterner… A toi, enfant de la télé et de la pub, tu te rappelles certainement de cette campagne de publicité de la fin des années quatre-vingts dans laquelle on vantait les bienfaits de Bouddha… « Le Bouddha, c’est sympa, c’est nature toute la journée, et le soir c’est plein d’idées… Sandwich au Bouddha, salade au Bouddha,… Bouddha croc, Bouddha quiche ! Le Bouddha, c’est sympa ! » Et bien tu ne t’en étais peut-être pas rendu compte à l’époque, mais cette pub parlait de Bagan ! Car ici, du Bouddha, tu peux en manger à toutes les sauces !!! Bouddhas allongés, Bouddhas assis, Bouddhas debout, Bouddhas qui sourient, Bouddha qui dort, Bouddhas qui tirent la tronche,…

Show must go on !
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Bref, on passe comme ça toute la matinée à enchaîner les visites comme des perles… Dit autrement, je retire mes tongs, je remets mes tongs, je retire mes tong, je remets mes tongs, je retire mes tongs, je remets mes tongs,… La tong, party tong ! Car comme tu le sais certainement, la visite des pagodes doit obligatoirement se faire les pieds à poil. Si bien que nous arrivons à l’heure du déjeuner, les pieds aussi sales qu'un préservatif utilisés plusieurs fois... Déjeuner que nous allons prendre dans la petite ville d’Old Bagan. Il faut savoir que l'ensemble des temples du site de Bagan est inscrit dans un triangle formé par les villes de Nyaung U au Nord, précisément là où nous logeons, Old Bagan située à l'ouest et New Bagan plus au sud. Si tu as tout suivi, à l’heure où je te parle, nous sommes donc à l’ouest. Et je suis vraiment à l’ouest lorsque je décide de laisser le Lonely Planet nous sélectionner un resto… Quel inconscient que je suis ! Laisser un guide choisir à sa place un restaurant, n’importe quoi… Ce n’est pas dans mon habitude de faire de la pub gratuitement à un établissement, mais je vais quand même te faire une description détaillée du Sarabha III. En effet, si tu veux perdre du poids en te choppant une bonne tourista, alias la déclichette des vadrouilleurs, autant venir manger ici plutôt que d’aller relécher la barre de pole dance dans le métro parisien… La crasse ? Il l’a ! L’odeur de décomposition ? Il l’a ! La nourriture qui renifle à plein nez la dragée Fuca ? Il l’a ! Et les mouches plus nombreuses que les clients ? Oui, oui, il les a aussi ! Voilà pour le descriptif aguichant que tu peux maintenant lire dans le Franky Planet à propos du Sarabha III !

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Allez, on reprend le cours normal de notre émission consacrée aux balades au gré du vent à dos d’engins démoniaques… Après exposition, plutôt qu’ « au gré du vent », je dirais plutôt « au gré du soleil », car ici, maintenant, c’est très très hot ! Pire que dans une boîte à strip-tease… Dans cette fournaise, je retiens tout particulièrement l’immense pagode Ananda où le visage de la statue de Bouddha change selon la distance. De loin, il sourit ; de près, il tire la tronche. Tout l’inverse de ma Sandrine, toute triste ce matin lorsque le réveil a sonné, et toute souriante lorsqu’elle m’a vu, encore endormi à ses côtés… Aussi, pour la première fois du voyage, nous sommes confrontés à des marchands birmans ayant fait un BTS « Techniques de ventes » en alternance. Pour écouler leur stock de produits en laque, ils amorcent dans un premier temps nos filles à coups de petits cadeaux pas chers pour ferrer dans la foulée un plus gros poisson, les parents, en s’adressant à eux en français… Bien évidemment, ils connaissent tous un cousin ou une grande tante qui habite pas très loin de chez toi… Ils adorent tous la France et les français… Ils trouvent tous nos filles magnifiques… Sauf que les gars, ils ne savent pas que leurs techniques du Jedi, je les ai apprises en maternelle grande section : « Vos produits me tentent, ils sont vraiment magnifiques ! Quelle finesse ! Oh, mais j’avais oublié que nous sommes en plein tour du monde d’un an, et que nous ne pouvons malheureusement pas nous charger… Oh, je suis vraiment déçu ! Comme c’est dommage ! » Je fais ma tête de chien battu, Sandrine verse une larmichette, et l’affaire est dans le sac… « Un an ? Ah bon ? Je croyais qu’on n’était parti que pour trois semaines !!! » Merci Anna, tu seras privée de piscine pendant quinze jours !

Show must go on !
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En parlant de piscine, ne serait-il pas l’heure d’aller y lézarder, bien au frais, durant les moments les plus chauds de la journée ?… Bon, je ne vais pas rentrer dans une description détaillée des deux heures que nous passons à la piscine de l’hôtel… Baignade, sieste, baignade, bronzette, baignade, lecture,… Bref, que des trucs de filles… Que des trucs pas très intéressants pour moi, ni pour toi… Et après ça ?... Ben après ça, c’est reparti pour un tour ! Un tour de mobylette pour être précis, pour aller rendre visite à un pauvre troupeau de pagodes éloignées des sentiers battus… Et qui dit pagodes éloignées, dit aussi pagodes bouddhées… euh, pardon, boudées par les touristes ! Et bien nous, nous sommes venus leur remonter le moral ! Et pour la pagode Gubyankgyi, je dois te dire que nous ne regrettons pas ! Nous sommes reçus comme il se doit : Lumière tamisée, ambiance « seuls au monde », sentiment de découverte… Le problème, c’est qu’on profite tellement du lieu jusqu’à plus soif qu’on se met à la bourre pour notre jeu quotidien de fin d’après-midi, celui-là même qui consiste à trouver le meilleur emplacement pour le prochain coucher du soleil...

Show must go on !
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Faut dire qu’en passant de pagode en pagode durant la journée, j’ai préparé le terrain en faisant du rentre-dedans à la Shwesandaw pour qu’elle accepte dès le premier soir que je lui monte dessus. Le problème, c’est que la Shwesandaw est une fille qui cède très facilement aux avances des touristes. Car en arrivant sur place, je ne suis pas le seul sur le coup… La pagode fourmille de prétendants !!!... Alors ? To rester or not to rester ici ? On hésite, on tergiverse, on dit verge… Allez, comme ça ne se fait pas de dire ça dans un carnet de vadrouille, et bien on décide de se poser ici ! Oui, je sais, ça n’a rien à voir mais je n’avais pas d’autre raison valable à invoquer…

 

Une heure plus tard, il fait maintenant nuit noire et il est temps de rentrer à l’hôtel. Et c’est chose faite une demi-heure de motocross plus tard… Douche, resto en ville à l’Aroma II, et tout le monde au plumard ! Fin de la journée, tout le monde dehors, on met la clé sous la porte ! Bon, tu auras certainement remarqué que je ne me suis pas appesanti plus que ça sur le coucher du soleil… Maintenant que tu commences à me connaître, tu comprends certainement pourquoi… Je boude ! Pas très content du soleil qui a été très désagréable avec moi, une nouvelle fois… Mais bon, il paraît que dans ces cas-là, il faut tendre l’autre joue, aimer son prochain et tout l’tintouin… Donc moi, sans le connaître, j’aime déjà mon prochain… Mon prochain jour de vadrouille ! Et il aura lieu demain… Enfin, si Bouddha le veut bien ! De toute façon, demain est une autre aventure…

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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 18:40

Et ben alors, qu’est-ce qui s’passe ? Le p’tit bouchon a un coup d’bourdon ?... Rassure-toi, j’ai ce qu’il te faut en magasin ! Le docteur Louis de Funès va te faire une ordonnance pour une bonne dose de ma nouvelle journée de vadrouille ! En plus, si tout se passe comme l’organisateur en chef l’a prévu, cette cuvée devrait être un bon cru… Car aujourd’hui, 19 février 2015, c’est la date entourée, stabylotée, surlignée depuis de loooongs mois dans mon petit agenda cartonné. Aujourd’hui, 19 février 2015, c’est le jour tant espéré de notre arrivée à Bagan !... Comment ?... Tu n’as jamais entendu parler de Bagan ?... Bon, je ne vais pas te fouetter avec mes chaussettes sales pour ça ; Bagan fait partie de ces sites que tu as pour sûr déjà vus sur Arte ou dans une vieille encyclopédie poussiéreuse chez mémé sans réellement savoir où ça se situait, ni même comment ça s’appelait. Et quand tu vas voir mes photos, tu vas te dire « A mais oui, mais c’est bien sûr !!! » Moi aussi, quand j’étais jeune, au siècle dernier, je suis tombé sur une photo de ce site. Et à l’époque, après m’être assuré que ce n’était pas un photomontage, je me suis fait la promesse solennelle, juré craché, si j’mens, j’vais au Parc des Princes, de venir voir ça de mes propres yeux rougis d’émotion. Donc depuis, un compte à rebours égraine inexorablement les secondes pour nous amener à la date fatidique… C’est ça, tu as tout compris : « Au 19 février 2015 ! » C’est bien, je vois que tu suis…

 

Mais ne vendons pas la peau de la charrue avant les bœufs !… Nous sommes encore à Pakkoku et mon p’tit doigt me dit qu’il va bien nous arriver encore une ou deux bricoles à te raconter avant d’arriver à Bagan… Bon, je ne vais pas m’appesantir très longtemps sur le p’tit déj’ de Miya Miya façon programme Weight Watchers éthiopien... Ensuite, je ne vais pas t’expliquer non plus que notre énième traversée de la ville a de nouveau déclenché un mouvement de foule... Par contre, je vais bien prendre mon temps pour rendre hommage à notre super héros du jour, j’ai nommé le vieux monsieur avec son vélo rouillé à qui on demande notre chemin pour trouver notre arrêt de bus. Comme l’idée que ses indications ne nous permettent pas de trouver l’arrêt lui est totalement insoutenable, le vieux monsieur avec son vélo rouillé décide de nous emmener en personne jusqu’à destination. Et c’est pas fini ! Comme l’arrêt de bus est situé à quelques centaines de mètres et qu’il considère que ça fait beaucoup trop de marche pour une fillette de cinq ans, le vieux monsieur avec son vélo rouillé fait monter Sasha sur son porte-bagages pour lui éviter toute fatigue… Et c’est pas fini ! Comme il vient de toucher sa paie mensuelle et que notre route passe devant une petite échoppe de rue, le vieux monsieur avec son vélo rouillé décide de s’y arrêter pour acheter quelques friandises à nos deux blondinettes… Et c’est pas fini ! Comme notre bus n’arrive que dans une petite demi-heure et qu’il veut s’assurer qu’on montera dans le bon, le vieux monsieur avec son vélo rouillé décide de nous tenir compagnie même s’il ne met pas un mot d’anglais devant l’autre… Et c’est pas fini ! Comme notre bus vient d’arriver et que les birmans ont facilement le mal des transports, une des femmes déjà à bord se penche à l’extérieur pour vomir son petit déjeuner du jour sur… la tête du vieux monsieur avec son vélo rouillé… Euuuh, là, c’est fini… Sans avoir pu remercier notre nouvel ami pour son immense gentillesse, je suis tout désolé de voir s’éloigner le vieux monsieur avec son vélo rouillé, tout couillon, un mélange de lait caillé et de grains de riz à moitié digérés lui coulant encore derrière les oreilles… « Ô toi, de là-bas, en Birmanie, si tu reconnais ta trombine sur la photo ci-dessous, sache que je ne t’oublierai pas, Ô toi, le vieux monsieur avec son vélo rouillé ! »

La huitième merveille du monde
La huitième merveille du monde
La huitième merveille du monde

Allez, montons dans notre… Euuuh, non mais attends, c’est quoi ce bidule ?... Tu n’vas pas me dire que tu appelles ça un bus ?... Si ???... Mais personne ne peut faire rouler un engin pareil, c’est pas possible ! Bon, peut-être David Copperfield, et encore… Ce… bus est l’arrière arrière-grand-père de celui qu’on a pris hier, si tu vois ce que j’veux dire... Genre carrosserie en bois, vitres inexistantes et sièges défoncés… Et puis pour t’aider à monter, inutile de compter sur la présence d’un marchepied ! Même pas en rêve !... Allez, nous nous installons confortablement dans notre carrosse, là où subsistent les seules places de libres, c’est-à-dire sur la banquette arrière… Mais pourquoi donc ces places sont-elles libres alors que le bus est aussi plein que toi lors du mariage de ton cousin Bernard… Aïe… Je crois comprendre… Nous ne sommes pas les seuls à monter à Pakkoku. Nous allons en effet être contraints de partager notre banquette avec cages, balles de foin et autres sacs de riz qui avaient visiblement déjà réservé leurs places bien avant nous ! Ça serait moins marrant sans cette petite touche d’inconfort et d’exotisme… En tout cas, les filles adorent ! Par contre, moi, j’adore beaucoup moins ce que nous sommes en train de faire lorsque notre convoi commence à s’élancer… Selon une étude Ipsos-Sofres, il paraîtrait que chaque être humain passe en moyenne deux mois de sa vie à chercher les choses qu’il a perdues. Et bien là, je t’annonce que nous sommes en train de consommer ce capital car ça fait un quart d’heure que nous cherchons… nos passeports ! Dans nos sacs à dos, dans le fourre-tout de Sandrine, dans nos poches, dans les miroirs chinois, dans le bleu des photos, dans le regard d'un chat, dans les ailes d'un oiseau, dans la force d'un arbre, dans la couleur de l'eau, je te chercherai !!!… Mais malheureusement, même avec l’aide de Jean-Pierre François, on ne leur remet pas la main dessus ! Il faut se rendre à l’évidence, ils sont restés à quai chez Miya Miya !!!

La huitième merveille du monde
La huitième merveille du monde

Tous les cris, les SOS ne vont pas nous les ramener… Et de toute manière, il est inutile d’alerter la terre entière pour ça ! Car en voyant notre embarras et nous entendant prononcer les termes de « passeports » et « Miya Miya », un birman nous fait signe de ne pas nous tracasser plus que ça… Ni une, ni deux, il se jette sur le chauffeur et lui glisse deux ou trois mots doux dans le creux de l’oreille qui font leur petit effet puisque ce dernier stoppe illico presto son tacot pour que notre type puisse en descendre précipitamment… Aussitôt fait,  David Copperdield remet les gaz de plus bel… Fin de l’histoire…On n’entendit plus jamais parler de ce type qui s’en est certainement mis plein les poches en revendant nos quatre passeports... Il a à coup sûr partagé le butin avec Miya Miya et coulent maintenant des jours heureux tous les deux sur une île paradisiaque à se faire l’amour goulument sur une plage déserte sous les cocotiers… Oh hé, attends un peu, là ! Ton imagination débordante et indécente te tient à des années-lumière de la réalité. Premièrement, je te rappelle que Miya Miya approche des quatre-vingt ans… Et secondement, je t’ai déjà dit que nous étions dans un pays où les gens sont sympas !... Alors qu’on ne sait trop quoi penser au fond de notre bus, qui voit-on sur le bord de la route, quinze minutes plus tard à la sortie de la ville, arborant fièrement nos passeports ?... Notre David Copperfield à nous, c’est lui !...  Ça, c’est quand même fort de café noir !… Le reste du trajet est plus zen. Entre discussions avec des birmans sympas qui nous offrent bouteilles d’eau et fruits, et escalade sur les sacs de riz…, c’est rapidement que notre bus nous parachute à la gare routière de Bagan... 

La huitième merveille du monde
La huitième merveille du monde

L’endroit étant le site touristique le plus fréquenté de Birmanie, tu t’imagines certainement une gare routière blindée de monde ?... C’est ce que j’aurais cru aussi… Sauf que nous sommes les seuls à descendre du bus et qu’il n’y a personne d’autre dans cette gare… Personne à part nous… et un unique chauffeur de taxi qui nous a flairés de loin. Nous nous retrouvons alors en plein tournage d’un documentaire animalier. Il est le lion à l’heure du repas, nous sommes quatre pauvres antilopes sans défense… D’un pas lent, pour ne pas nous effaroucher, il tente une approche… Méfiant mais pas apeurés, nous le laissons faire tout en l’observant du coin de l’œil… C’est le moment qu’il choisit alors pour nous porter sa première estocade :
« Onze mille kyats pour vous emmener à votre hôtel à Nyaung U !...
- Onze mille ??? Onze comme dans « Onze fait arnaquer ? »
Lui, je crois qu’il me prend pour une ménagère de moins de cinquante ans adepte des feux de l’amour… :
« Cinq mille et c’est déjà grandement payé !
- Non, onze ! C’est le tarif officiel validé par l’état, Bouddha et Barack Obama !
- Non, mais tu rigoles ou quoi ? Onze mille, c’est le tarif officiel d’un aller-retour Paris - Yangon !!! Ok pour six mille et c’est bien parce que je suis tout proche de visiter Bagan et que j’ai une banane greffée au milieu du visage depuis ce matin…
- Onze mille, c’est justement le prix pour ne pas visiter que la gare routière de Bagan… »
Le truc est vieux comme le monde ! Y’a pas moyen que je me fasse avoir comme un schtroumpf… Comme un bleu, quoi ! Sauf qu’après l’avoir snobé pendant un quart d’heure d’attente où rien ne bouge dans cette foutue gare routière, je dois me rendre à l’évidence… Mon orgueil entre les jambes, je dois retourner vers notre chauffeur de taxi qui est, j’en suis sûr, en train de prévenir tous ces potes sur sa cibie qu’il ne faut surtout pas qu’il y en ait un qui se pointe à la gare routière jusqu’à ce que ceux qui ont des fronts sur lesquels on peut lire « touriste » soient en cage… Ou « pigeon », ça marche aussi...
« Les mains plaquées face au mur ! Et on écarte les jambes ! »
Bon, et bien je n’ai plus rien d’autre à faire que de serrer les dents, penser à autre chose et attendre que ça passe…
« Combien tu as dit, déjà ? Dix mille ?... 
- Non, onze mille !
- Bon ben ok…»

 

Dans le genre arnaque, j’en ai une autre à te présenter, officielle cette fois-ci ! On doit en effet s’acquitter de la modique somme de vingt-et-un mille kyats par personne comme droit d’entrée, soit le salaire moyen mensuel local !!!… Et c’est pour qui tous ces soussous ?... Pour les membres du gripsou gouvernement, bien sûr ! Mais bon, au prétexte d’alimenter les caisses de la dictature, je ne me verrais pas venir en Birmanie sans venir voir la belle Bagan. Ce serait un peu comme un voyage sans ma femme… Non ! J’ai mieux ! Ma femme sans carte bleue ! Et oui, purement et simplement inconcevable ! En parlant de ma femme,… Mais que se passe-t-il ? Son visage ! Mais… Mais qu’est-ce que c’est que ça ??? Son visage…, il se transforme !... Encore marqué par l’expérience Miya Miya, je le vois dans un premier temps s’éclaircir pour maintenant irradier de bonheur lorsqu’elle comprend dans quel hôtel le taxi nous dépose… Regarde-la, elle est contente ! Regarde-la, elle glousse comme une poule… Regarde-la, dans deux minutes, elle va nous pondre un œuf ! Tout ça parce qu’elle vient de réaliser que pour varier les plaisirs comme on change de position, j’avais réservé un palace pour nos trois nuits à Bagan : Le Zfreeti ! Pour elle, Miya Miya n’est déjà plus qu’un lointain souvenir…

La huitième merveille du monde
La huitième merveille du monde

Visite de l’hôtel, visite de la chambre, visite de la salle de bain, visite de la piscine,… Ma foi, le contraste avec nos habitudes hôtelières me pique un peu les yeux, mais ce surplus de confort pour les trois nuits à venir ne devrait pas trop me gêner. Du high level !... Mais rassure-toi, je ne suis pas venu jusqu’ici pour un hôtel. Maintenant que l’œuf est pondu, go to Bagan et ses pagodes ! Go to Bagan, un mythe, un rêve… et maintenant, une réalité !... Pour visiter ce site de plus de quarante kilomètres carré, il faut savoir qu’il y a toujours eu match entre trois possibilités : Jambes, vélos ou carrioles tirées par des chevaux... Oui, mais ça, c’était avant ! Car désormais, un quatrième larron met tout le monde d’accord ! Les E-bikes. Non, ce ne sont pas des vélos avec connexion internet ! Si je devais te faire une description, disons que je te dirais que cet engin made in China se situe entre la 103 SP avec pot d’échappement Polini de ta jeunesse, et le vélo électrique qui équipe maintenant presque tous les coureurs du Tour de France... Et il y a des locations de ces E-bikes partout, même juste en face de notre hôtel ! Après une négociation à trente-quatre mille kyats les deux mobylettes pour trois jours, petit détour au Weather’s spoon pour un très bon repas, et c’est enfin parti pour l’aventure !

 

Premier objectif, la pagode Htilominlo ! Pour y parvenir, on pénètre enfin dans cette fameuse et immense plaine très fertile en temples puisqu’il en pousse ici comme des champignons. J’en ai entendu certains prétendre qu’il y en avait quatre mille. J’ai lu dans un guide qui en avait compté deux mille cinq cents. Et je me rappelle que Stéphane Rothenberg a dit dans Pékin Express qu’il y en avait trois mille. Donc moi, pas bête, je fais la moyenne des trois pour t’annoncer officiellement qu’il y en a trois mille cent soixante-six ! Ce sur quoi tout le monde est d’accord, c’est qu’il y en avait apparemment douze mille au treizième siècle. Soit environ un temple édifié tous les trois mois entre le onzième et le treizième siècle. On peut en voir des grands, des petits, des en briques, des en jesaispasquoi, des rouges, des blancs, des beaux, des moches, des bien entretenus, des en ruine, des tumontesdessus, des tapasledroitdemonterdessus, des pagodes, des stupas,… Différence entre une pagode et un stupa ? La pagode, on peut entrer à l'intérieur, alors que le stupa est plein, un peu comme toi lors du mariage de ta cousine Simone... Ben décidément… Bref, je poursuis… Certains sont regroupés, d’autres sont isolés, il y en a qui ont un nom officiel, d’autres pas,… On en trouve d’influence bouddhiste mahayana et d’autres, bouddhiste theravada. Bon, là, je dois t’avouer que Wikipapa a du mal à saisir la différence entre ces deux mouvances religieuses. Exceptionnellement, je te renvois vers Wikipédia car j’ai peur d’écrire des bêtises, que des bêtises quand t’es pas là… En tout cas, ce dont je suis sûr et qui pourra certainement te servir lors d’une conversation pour te la péter à la machine à café du boulot, c’est que c’est le moine Shin Arahan qui est venu convertir de l’indouisme au bouddhisme le roi Bamar Anawrahta qui régnait dans la région il y a presque mille ans. Et a priori, il a plutôt bien rempli sa mission puisque le roi en question commissionna aussitôt ses meilleurs architectes pour qu’ils lui construisent une flopée de temples à la hauteur de Bouddha. Et ainsi naquit Bagan… Et pourquoi en construire autant ? Outre le fait de témoigner à Bouddha toute sa gratitude et sa dévotion, ce même roi rapporta de ses campagnes militaires de nombreuses reliques du saint homme. Des morceaux d’os, des cheveux, des dents, des tissus qu’il aurait soi-disant portés,… Et à l’époque, sur le marché noir, ça valait de l’or ! Donc quoi de mieux que des stupas hermétiques pour mettre à l’abri tous ces trésors ? Bref, tu l’as compris, il y a de quoi s’occuper à Bagan. Et je dirais même plus, il y a de quoi s’émerveiller à Bagan durant les trois jours qui viennent ! Donc on s’y met tout de suite si on veut tout voir !

La huitième merveille du monde
La huitième merveille du monde

Et c’est en bonne voie puisqu’il ne nous reste plus que trois mille cent soixante-cinq pagodes à découvrir, vu qu’après une demi-heure de contemplation le nez en l’air et les pieds nus, nos quatre trombines ressortent du Htilominlo… La partie de découverte peut donc continuer ! Partie de découverte, je ne sais pas… Partie de mille bornes, ça c’est sûr ! Car après seulement un tour dans la partie, un adversaire me coupe dans mon élan en me refilant une carte « Crevaison » ! De retour auprès de nos pétrolettes, je constate en effet que la mienne a tenté d’en finir en se taillant profondément les veines au niveau de son pneu arrière… La tuile !... Mais rassure-toi, comme je te l’ai déjà dit tout à l’heure, nous nous trouvons dans un pays où les gens sont sympas… Me voyant moi-même au bord du suicide, un type qu’on va appeler Lucky Luke, dégaine aussi vite que son ombre son téléphone portable afin de contacter notre agence de location… « Veuillez patienter, un réparateur va prendre votre appel… » Bon, après deux ou trois mots échangés, il m’annonce un temps d’attente de seulement dix minutes avant que le sauveur de notre agence de location ne vienne, tel un chevalier blanc, une chambre à air neuve sous le bras… 

La huitième merveille du monde
La huitième merveille du monde

Je t’attends, je t’attends, je t’attends, je t’attends, tout le temps, tout le temps, tout le temps, chaque instant, je t’attends, je t’attends, je t’attends, depuis troooop longtemps… J’imagine que mon chevalier blanc a trouvé une autre princesse avec un peu plus de poitrine que moi à secourir, car après une heure d’attente, je suis toujours emprisonné dans le donjon du Htilominlo… Mais rassure-toi, comme je te le rabâche à chaque fois que tu te fais du soucis pour moi, nous nous trouvons dans un pays où les gens sont sympas… Me voyant encore une fois au bord du suicide, un type qu’on va appeler Lucky Luke 2, dégaine aussi vite que son ombre son téléphone portable afin de contacter notre agence de location…« Veuillez patienter, un réparateur va prendre votre appel… » Bon après deux ou trois mots échangés, il m’annonce un temps d’attente de seulement dix minutes avant que le sauveur de notre agence de location ne vienne, tel un chevalier blanc, une chambre à air neuve sous le bras… « Et la truite saumonée, elle met l’camembert dans l’papier d’alu, c’est ça ?!? » 

 

Sauf que dix minutes plus tard, qui vois-je enfin arriver tel un chevalier blanc sur son fidèle destrier ?... Je n’y crois pas, c’est merveilleux ! C’est bel et bien le sauveur de notre agence de location… : « Ah oui, effectivement, votre pneu est bien crevé… Ne bougez surtout pas, j’appelle mon collègue à l’agence de location pour qu’il vous apporte rapidement une chambre à air neuve sous le bras !... » Non mais pince-mi et pince-moi, là !!! On est en plein tournage de « Y a-t-il un pilote dans l’agence » ou quoi ?

 

Bien évidemment, ce n’est qu’une grosse demi-heure d’attente plus tard que son collègue arrive, non pas avec une chambre à air neuve sous le bras, mais avec une nouvelle monture ! Du coup, avec toutes ces péripéties, arrive ce qui devait arriver : Le jour d’aujourd’hui commence à s’éteindre avec le soleil... Sauf qu’il ne reviendra malheureusement pas avec lui demain et que je peux donc dire adieu à mon espoir de boucler l’intégralité des pagodes de Bagan !... Pour aujourd’hui, il nous reste tout juste le temps d’aller assister au coucher du soleil du haut d’une pagode choisie un peu à la va-vite… Ce sera la Shweleik-Too où une vingtaine d’irréductibles a déjà pris place…

 

Bon, après une après-midi aussi galère que celle-ci, tu ne peux pas envisager un seul instant que toute cette histoire puisse se terminer en apothéose avec un coucher du soleil exceptionnellement rougeoyant sur ces milliers de pagodes, comme la plaine de Bagan sait en offrir… Et bien non, tu as bien raison de ne pas l’envisager… Car le seul nuage au monde a tranché. Bien que son père ne soit pas vitrier, il décide malgré tout de se positionner au premier rang, devant nous, pour assister, tout seul, égoïstement, au coucher de notre soleil...

La huitième merveille du monde
La huitième merveille du monde
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Pfffff… Allez, on rentre au bercail… Et vu comme c’est parti, je m’attends… je n’sais pas, moi… à trouver notre chambre dévastée par un incendie, à constater qu’ils ont vidé la piscine, que le PSG a battu l’OM,… Que pourrait-il m’arriver d’autre ?... « Euh, quelqu’un pourrait-il me dire pourquoi mon E-bike, qu’on vient, pour la petite histoire, de me changer il y a à peine une heure, est en train de ralentir alors que j’accélère à donf sur les manettes ? » Noooooon !!! Ne me dis pas qu’ils ont oublié de recharger la batterie !?!... Ne me dis pas que je vais devoir pédaler comme un forcené pour ramener ma mobylette jusqu’à l’agence de location !?!... Si ?... En arrivant, trempé comme une soupe aux poireaux, je n’ai même plus la force de cracher tout le venin de ma colère sur le gars de l’agence de location, coupable d’avoir mis deux heures pour me changer ma première monture, de ne pas avoir rechargé la batterie de ma seconde, et qui, pour couronner le tout, s’est arranger pour me caler un nuage devant mon coucher du soleil… Faut dire qu’en me voyant arriver en pédalant, il se complaint en excuses, m’offrant même sa fille en mariage en compensation… « Non, merci, j’ai déjà explosé mon quota de chiantes à la maison !!! »

 

Sur ce, un plongeon rafraîchissant dans la piscine, un petit repas bof bof au Black Bamboo et s’en est terminé pour cette journée. Du coup, demain, j’ai hâte, ce sera notre premier vrai jour de visite à Bagan ! Oui, oui, c’est promis, demain, on visitera vraiment Bagan. De toute façon, demain est une autre aventure…

 

La huitième merveille du monde
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Published by Franck - dans Birmanie
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